Sleaford Mods « Eton Alive »

Malgré l’écume provoquée par le duo britannique, je n’avais jamais affronté le phénomène sur disque ou sur scène ayant d’autres chats de gouttière à fouetter. Cependant, la curiosité étant la mère de tous les vices, j’avoue avoir cédé à la tentation avec Eton Alive qui va naturellement se faire une place parmi les classiques Rock.

Sous format Rap-Street-Punk, Sleaford Mods s’inspire de son environnement immédiat. Environnement social mais également, environnement sonore puisqu’on dénombre plein de sons domestiques sur l’album. Si je n’avais jamais écouté SM sur disque, j’avais vu le documentaire que Christine Franz leur avait consacré, Bunch of Kuntz (2017) et qui montrait deux prolos remontés comme des coucous contre le gouvernement conservateur mais qui, dans le même temps, refusaient le rôle de porte-parole qu’on s’est empressé de leur faire endosser. On découvre chez eux le même genre de réaction que provoquait Margaret Thatcher. On retrouve la même motivation chez Sleaford Mods que chez The Clash, Sham 69 ou les Pistols à leurs débuts. Ou les Beastie Boys qui, débutant Punks ont compris très tôt que le Rap était la nouvelle musique subversive.
Après avoir relevé de-ci de-là les millions d’influences attribuées fort légitimement au duo, le constat est clair. Quelque soit sa sensibilité, Pop, Rock, Punk, Rap, Hardcore, chacun trouve en Sleaford Mods un élément compatible. Et tout ça, avec trois bouts de ficelle. J’allais dire avec sa bite et son couteau, mais de nos jours, user de ce genre de locution t’envoie en comparution immédiate pour récolter six ans de mitard, fermes. Le Rap-Street-Punk du duo est suffisamment ouvert pour laisser filtrer des sonorités comme le Ska ou d’autres dans des genres crossover comme les maniait si habilement Ian Dury auquel les Sleaford Mods font parfois penser. Eton Alive est le premier album sorti sur le propre label du groupe attaché à sa liberté d’expression et à sa volonté de ne pas dépendre d’un bizness qu’il exècre. Ce disque est relativement hétérogène et se permet quelques incursions furtives sur des territoires voisins comme dit précédemment. Peut-être que le plus important chez eux, c’est qu’ils restituent l’énergie des groupes punks britanniques des débuts, avec la même fougue. Les prolos reprennent la main.

On a le droit de considérer que la musique de Sleaford Mods est moche, qu’elle n’est pas très esthétique, qu’elle est mal dégrossie, mal embouchée, mais on s’en branle dans les grandes largeurs, Sleaford Mods est authentique. C’est ce qui fait le succès du duo de Nottingham qui produit là un des grands disques de ce début 2019.

Sleaford Mods Eton Alive Extreme Eating/Differ-Ant

TRACKLIST:

Side A

Into The Payzone
Kebab Spider
Policy Cream
OBCT
When You Come Up To Me
Top It Up

Side B

Flipside
Substraction
Firewall
Big Burt
Discourse
Negative Script



Album dispo’ sur Apple Music, Qobuz, Spotify ainsi que chez tous les bons disquaires!



Critique et écoute de Key Markets (2015, Harbinger Sound)

Patrick Foulhoux

Ancien directeur artistique de Spliff Records, Pyromane Records, activiste notoire, fauteur de troubles patenté, journaliste rock au sang chaud, spécialisé dans les styles réputés “hors normes” pour de nombreux magazines (Rolling Stone, Punk Rawk, Violence, Dig It, Kérosène, Abus Dangereux, Rock Sound…), Patrick Foulhoux est un drôle de zèbre.

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