La 15ème Nuit de l’Alligator à La Coopérative de Mai avec les Mystery Lights, Rod Hamdallah & King Biscuit

Depuis quinze ans déjà, le festival itinérant Les Nuits de l’Alligator distille une certaine idée du rock ‘n’ roll, du blues et de l’americana (pour ne citer qu’eux), baladant bon nombre de formations pour la plupart inconnues à travers la France. Pour sa 15ème édition, pas de festivités particulières, le festival préférant proposer comme à son habitude une prog’ bluffante.

Le guitariste d’Atlanta Rod Hamdallah

La mise en bouche se fera avec l’Américain Rod Hamdallah, qui, sans sortir des sentiers battus, en impose grave avec une classe folle. Ses chansons rappellent parfois les premiers enregistrements d’Hanni El Khatib tandis qu’on a affaire le reste du temps à un pur rock ‘n’ roll sudiste  finement exécuté. Le songwriter originaire d’Atlanta -aperçu au sein des Legendary Shack Shakers de J. D. Wilkes– s’impose comme un très bon chanteur mais, surtout, comme un prodige de la six cordes. Le musicien est entouré sur cette tournée par un backing band français bien connu de la scène rock ‘n’ roll : les Weird Omen. Une belle découverte qui nous donnera envie de réécouter son EP de 2014 (Think About It), en attendant un probable album à venir… Sur le papier, la suite s’annonce tout aussi savoureuse. King Biscuit, c’est avant tout Sylvain Choinier, un chanteur/compositeur normand. Rien que de savoir que lui et son groupe viennent d’enregistrer un album avec l’immense John Parish (comparse, entre autre, de PJ Harvey) suffit à nous mettre l’eau à la bouche. Légère déception cependant devant le set de ce trio qui, s’il est loin d’être inintéressant, tourne vite en rond et devrait sérieusement penser à bosser cet accent français pas forcément agréable à l’oreille. L’attente se fait particulièrement longue entre King Biscuit et les Mystery Lights,

Le trio frenchy King Biscuit

surtout pour ceux qui ont déjà vu les New-yorkais sur scène et savent à quoi s’attendre. Le public s’impatiente devant d’interminables balances, mais lorsque le groupe débute son set, on comprend que l’attente était largement justifiée. Rien n’est laissé au hasard chez Mike Brandon et sa bande, qui représentent à eux seuls tout ce que l’on attendait ce soir, à savoir un show électrique et bourré d’énergie. Du vrai rock ‘n’ roll parfaitement maitrisé qui ne laisse aucun répit à l’assistance. Signé sur la division rock du légendaire label soul new-yorkais Daptone (baptisé Wick), le quintet nous balance de bons riffs de guitares couplés à des soli à tomber par terre qui rappellent autant la compil’ Nuggets que le punk de Television, une voix fiévreuse qui n’est pas sans rappeler celle du légendaire Roky Erickson, un clavier hypnotique évoquant Suicide et une section rythmique carrée et imparable. C’est simple, la dernière fois que nous avions vu un chanteur aussi charismatique et survolté, c’était dans cette même Coopé’, l’an dernier à la précédente édition des Nuits de l’Alligator devant Pat Beers et ses Schizophonics. Brandon est tout simplement bluffant, il se jette partout et passe plus de temps dans les airs qu’au sol, et parvient tout de même à tenir ses parties chant/guitare sans mal ! À la lead guitar, LA Solano assure sans forcer et claque ses soli à la perfection sur sa guitare Vox Phantom. Tout aussi mortelle, la section rythmique -soit Zach Butler à la batterie & Alex Amini à la basse- n’en met pas une de travers. La plus récente recrue du gang, Lily Rogers, impeccable aux claviers, tire par ailleurs une gueule d’enterrement durant une bonne partie du set, et se lâchera finalement qu’à la fin du concert.

…et le « clou du spectacle » : les géniaux Mystery Lights

Après avoir brillamment interprété la quasi totalité de ses deux albums (mention spéciale pour les tubes « Follow Me Home », « Too Many Girls », « Melt », « What Happened When You Turn The Devil Down », « I’m So Tired (of Living in the City) » ou encore « Thick Skin ») en plus d’une reprise de King Khan & BBQ, pour terminer sur un final apocalyptique (et hilarant) avec une relecture du « Demolición » de la légendaire formation péruvienne Los Saicos avec le tour manager du groupe au chant. Sans surprise, les Mystery Lights ont largement dominé la soirée, mais ça, nous le savions avant de même foutre un pied à La Coopérative de Mai ce soir. Une nouvelle Nuit de l’Alligator se termine donc avec un public unanimement conquis. Preuve que le festival itinérant reste, une fois de plus, LA soirée la plus rock ‘n’ roll (et houblonnée) de l’année rue Serge Gainsbourg !

Salle: La Coopérative de Mai.
Photos par Yann Cabello ©.
Site Web de Rod Hamdallah, King Biscuit, The Mystery Lights et des Nuits de l’Alligator.

Stéphane Pinguet

Disquaire indépendant aigri mais passionné, amateur de musique, cinéma, littérature et bandes dessinées en tous genres.

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