Robert Palmer « Deep Blues »

Cette bible sur le blues parue initialement en 1982 bénéficie, trente-huit ans après, d’une magnifique traduction française. Un pan essentiel de l’histoire musicale américaine est raconté dans ses pages.

L’auteur est né en 1945 en Arkansas. Son décès remonte à 1997. Auteur, journaliste, musicologue, clarinettiste et saxophoniste blues, également producteur, Robert Palmer a baigné dans le milieu au point d’en connaître personnellement les protagonistes, tout au moins ses contemporains, et tous les arcanes. Il en a livré une analyse musicale et sociologique passionnante et richement bien documentée et illustrée. Ce n’est pas un livre de journaliste, c’est presqu’un livre universitaire au style romanesque. C’est érudit sans être barbant. Il ne s’en tient pas qu’aux faits, il s’implique également. Il est à noter que la remarquable traduction de Olivier Borre et Dario Rudy lui fait honneur.
Le livre est sous-titré “Du Delta du Mississippi à Chicago, des Etats-Unis au reste du monde : une histoire culturelle et musicale du blues”. Ce qui suffirait presque à résumer l’ouvrage. Toutefois, il y a bien deux ou trois petites choses à rajouter. En tant que musicien et musicologue, Robert Palmer a bien évidemment fait des recherches sur les racines africaines du blues. Il indique en expliquant simplement, comment reconnaître l’influence de telle ou telle région africaine dans une chanson selon la manière dont est joué l’instrument ou selon la façon de chanter de l’interprète. Il parle technique en veillant à ne pas rebuter le profane. Même moi j’ai compris, c’est dire si c’est accessible. Voilà son analyse des textes par exemple : « Du point de vue des paroles, l’art d’“écrire” des blues consiste à combiner des expressions, des phrases et des couplets qui aient des résonances émotives compatibles, de façon à produire un réseau d’associations d’idées à même de refléter les expériences, les sentiments et les humeurs du chanteur, ainsi que ceux des auditeurs. »
Palmer raconte l’histoire du deep blues, de l’origine du genre, de ses racines à travers celle de ses protagonistes. Pour l’auteur, le plus grand d’entre tous, celui par qui tout arrive, c’est Charley Patton, réputé père du blues. Puis vient évidemment le tour de Robert Johnson, Muddy Waters et toutes les grandes figures du style, toutes originaires du Delta souvent émigrées à Chicago. Les champs de coton, le train, les histoires de coucheries, de beuveries et autres grivoiseries ont nourri l’histoire du blues. Nul besoin d’être fan du style pour apprécier le livre, il suffit juste d’aimer la musique en général. Deep Blues est une véritable étude sociologique au-delà même de la description minutieuse de la genèse du blues. Une bible au sens premier du terme.

Robert Palmer Deep Blues Allia
(445 pages, 25,00 €),
disponible dans toutes les bonnes librairies indépendantes.
Extrait de l’ouvrage à découvrir par ici.


Patrick Foulhoux

Ancien directeur artistique de Spliff Records, Pyromane Records, activiste notoire, fauteur de troubles patenté, journaliste rock au sang chaud, spécialisé dans les styles réputés “hors normes” pour de nombreux magazines (Rolling Stone, Punk Rawk, Violence, Dig It, Kérosène, Abus Dangereux, Rock Sound…), Patrick Foulhoux est un drôle de zèbre.

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