Doomtree « No Kings »

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Doomtree vient du Minnesota, de Minneapolis plus précisément. Un état du Midwest froid et un peu paumé. Si certains d’entre vous parviennent malgré tout à le situer sur une carte, c’est certainement grâce à son excellente scène musicale, d’où proviennent les mythiques Replacements et les non moins légendaires Hüsker Dü.

Depuis deux décennies, l’état est aussi le berceau d’un important mouvement hip-hop, avec entre autres le label Rhymesayers Entertainment (Atmosphere, Brother Ali…) et plus récemment Doomtree, un collectif de MCs, beatmakers, graffeurs et artistes en tous genres, composé de sept membres : Sims, P.O.S, Cecil Otter, Mike Mictlan, Dessa, Lazerbeak et Paper Tiger, tous issus d’univers différents, de la pop au punk/hardcore. Rappelons d’ailleurs que Doomtree a beaucoup fait parler de lui l’an dernier grâce à l’album 13 Chambers signé Wugazi (mais que l’on doit en fait à Cecil Otter et Swiss Andy), un fabuleux mashup de morceaux de Fugazi et du Wu-Tang.
À l’heure où le rap old-school aux paroles et à l’attitude choquantes revient en force (du type Odd Future pour ne citer qu’eux), le crew revendique l’idée d’un hip-hop moderne, incisif mais intelligent, engagé mais jamais cliché. Chaque membre apporte un style différent et bien à lui, de Cecil Otter et son flow lent parfois proche du spoken word, à ceux de P.O.S. et Mike Mictlan, plus rentre-dedans et énervés, en passant par Sims, capable d’aligner mots et rimes à un rythme effréné; Sans oublier Dessa, la touche féminine du groupe, qui contrebalance le tout via quelques refrains chantés, quand elle ne rappe pas également. Les beats eux, souvent chargés, se révèlent néanmoins terriblement efficaces, pour preuve ceux de l’introductif « No Way » au riff de guitare joué en power chords étouffées terriblement entêtant, ou l’oppressant et tribal « Bolt Cutler » et sa basse lourde et profonde. Paper Tiger, finalement assez discret sur le disque, joue le rôle de graphiste, et donne une véritable identité au collectif. Au final, on appréciera tout autant « Little Mercy », teinté de blues et de soul, que les prods de Lazerbeak à la fois electro et hip-hop.

Après de nombreuses mixtapes (False Hopes) et un premier effort éponyme en 2007, pas totalement convaincant, le collectif américain parvient enfin avec No Kings à sortir un album cohérent et captivant de bout en bout.

Doomtree No Kings Doomtree Records
Chronique publiée à l’origine dans le magazine New Noise.

TRACKLIST:

Side A

No Way
Bolt Cutter
Bangarang

Side B

Beacon
Punch-Out
Little Mercy

Side C

The Grand Experiment
String Theory
Team The Best Team

Side D

Gimme The Go
Own Yours
Fresh New Trash



Album également dispo’ en streaming sur Bandcamp et Spotify.






Stéphane Pinguet

Disquaire indépendant aigri mais passionné, amateur de musique, cinéma, littérature et bandes dessinées en tous genres.

One Comment

  1. Bonjour Monsieur Slow Show,

    C’est bien ça. J’y aime bien. Si je suis bien luné, j’achèterai le disque.
    Minneapolis est aussi la ville de Prince, ça peut aussi expiquer certaines choses non ?
    A vos souhaits.

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