Four Tet « Morning/Evening »

Morning/Evening
Après deux ans passés à sortir des titres sous son pseudo Percussions, Kieran Hebden aka Four Tet revient avec deux nouveaux morceaux baptisés Morning/Evening. De prime abord on peut se dire que deux morceaux c’est assez peu mais il faut toutefois préciser qu’ils durent chacun 20 minutes, ce qui a largement de quoi nous satisfaire.

Le schéma reprend un peu le même modèle que sa sortie précédente, 0181 sorti sur son label Text Records. Il s’agit en effet dans les deux cas d’un LP où les deux faces s’écoutent sans rupture, toutes deux de durée égale. En découvrant la pochette certains auront peut-être reconnu les degrés de Chand
Baouri, un immense puits à degrés situé en plein cœur du Rajasthan, à raison puisque avec cette nouvelle composition Four Tet nous entraîne en Inde, toujours plus loin dans son univers musical onirique sans frontières.

Morning

Le morceau s’engage sur un beat étouffé accompagné de snares délicats qui bientôt conduisent  à des nappes de basses saisissantes et profondes. A cet ensemble s’ajoute bientôt le chant de Lata Mangeshkar, samplé depuis le morceau « Main Teri Chhoti Behana Hoon » et accompagnée de violons discrets. Ce n’est pas la première fois que Kieran Hebden a recours à la voix de Lata, on se souvient d’un morceau d’ouverture de sa Boiler Room à l’édition 2014 du festival SXSW. Le chant se répand en volutes et en échos tandis que les violons exotiques donnent un côté kitsch en rappel aux crooners orientaux. Installé dans son fauteuil, on imagine ce morceau illustrer une version alternative du Darjeeling Limited (Wes Anderson, 2007). La même poésie et une agréable mélancolie mènent à la rêverie et à une quiétude apaisante nous plongent effet dans un monde onirique voisin de celui de Wes Anderson. Ce réveil en douceur dure 8 minutes jusqu’à un break inattendu sur lequel persiste tout de même les snares initiaux, et cette poussée ne nous égare donc pas, mais permet de passer à une nouvelle phase du morceau. Une fois cette intrusion de Percussion terminée, le thème reste le même, mais les synthétiseurs se font néanmoins plus présents et laissent moins de champ aux violons langoureux de la première partie.  Le morceau s’achève sur un finale somptueux, digne d’un bon Vangelis, tandis que les
dernières notes s’égrènent. C’est un peu étourdi et excité que l’on retourne le disque pour découvrir la seconde partie.

Evening

Des cliquetis aquatiques empressés se succèdent et régulièrement se confondent, créant une rythmique intrigante. Surgissent alors des synthés tantôt trompettes tantôt cordes frappées, résonnant dans ce vaste espace où Four Tet invite l’auditeur. La disparition du cliquetis laisse l’auditeur dans une grande bulle, jusqu’à ce qu’un massif synthétiseur se mette à la faire vibrer. Grand bond en arrière, Kraftwerk tend la main à travers ces vigoureuses nappes. Intervient alors à nouveau le chant de Lata, profondément retravaillé par M. Hebden. Paradoxalement à ce moment là le morceau s’apparente à un réveil, ou peut-être à l’émergence d’un rêve mystérieux et résonnant du son cristallin d’un nouveau synthétiseur.
Les gouttes s’abattent à un rythme de plus en plus soutenu tandis que des flûtes hypnotiques s’associent au chant fredonné. Courte pause de style ambient, mais le rythme reprend de manière imperceptible tandis qu’un beat épique ne tarde pas à émerger. La tendance se confirme lorsque tombe une basse implacable, qui ne  laisse pas d’autre alternative que de bondir hors du fauteuil et danser. Les 5 dernières minutes ne sont qu’une déclinaison ultra-martiale du beat ravageur qu’on retrouvera dans les moments les plus chauds de ses sets.


En conclusion, on ne peut être qu’impressionné devant la richesse de ces deux morceaux qui conjuguent parfaitement les facettes de Kieran Hebden, l’onirisme de Four Tet et la rythmique endiablée de Percussion. Décidément, la 36ème sortie du label Text est à la hauteur des espérances, et Four Tet nous fait une nouvelle fois montre de son génie
.

Four Tet Morning/Evening Text Records
Site web de Four Tet.


Bertrand Drumain

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