Iggy Pop « Post Pop Depression »

Post Pop Depression
J’étais inquiet en apprenant qu’Iggy Pop avait recours à la chirurgie inesthétique de Josh Homme pour son nouvel album.

Josh Homme n’a jamais proposé que des coquilles vides à mon sens. Certes, tous ses groupes sont de belles carrosseries américaines, profilées commak, avec un honorable coefficient de pénétration dans l’air pour parasiter les radios, mais toujours équipées de moteurs poussifs ou qui tournent sur trois pattes. L’Homme est inconsistant. Si je devais établir des ponts, Fu Manchu est mille fois plus excitant que Kyuss ! Queens of the Stone Age est au heavy ce que Canada Dry est à l’apéro. Eagles of Death Metal est au rock ce qu’un bizutage en première année de médecine est au Cirque du Soleil. Pas qu’il soit dans la parodie, juste qu’il a la faculté incroyable de dévitaliser tout ce qu’il touche. Qu’allait foutre Iggy Pop avec cet Homme qui emmène Dean Fertita de QOTSA et le batteur d’Artic Monkeys, Matt Helders ? Tout ça pour un disque enregistré en grande partie à Joshua Tree en Californie.

Si ce n’était Iggy Pop, jamais je n’y aurais prêté attention. Mais Iggy, c’est mon King à moi…Pour autant, s’il fait du caca, je ne vais pas me priver pour le dire. Je ne suis pas de ces béni-oui-oui qui disent amen à tout. Je ne suis encarté nulle part ! Et pour les publireportages…
Ce disque a commencé à germer début 2015 dans la tête d’Iggy qui pensait fortement à David Bowie en écrivant les premières phrases. Il les a envoyées à Josh Homme qui les a complétées avant de tout assembler en studio.

La question posée par Iggy avec ce disque porte sur ce qu’il va laisser à la postérité, une démarche introspective probablement provoquée par la dégradation de l’état de santé de Bowie, les deux étant très liés depuis quarante piges.
“Break Into Your Heart” est une ballade rock, abrupte, sèche, tranchante. Il y règne une ambiance froide, 80’s. C’est bien parce que c’est Iggy que je ne parle pas de new-wave. Je ne lui ferais pas cet affront. Ce mot m’écorche la gueule quand je le prononce. On sent qu’Iggy n’aboiera pas, ne jappera pas sur ce disque, il se veut “solennel”, il déclame, tel un tragédien. Dès le morceau suivant, “Gardenia”, le ciel s’éclaircit. L’architecture du morceau, le chant, la mélodie un peu funky, les harmonies, tout ramène à Bowie. “Gardenia” est le tube de l’album si tant est qu’il faille dégager un morceau. “American Valhalla” — le cimetière des Braves — enchaîne péniblement derrière “Gardenia” avec une intro japonisante qui vire à la pop-song 80 approximative. N’est pas XTC qui veut. L’intention est bonne, Iggy Pop est convaincant dans ce registre, mais là, et là particulièrement, c’est l’absence de David Bowie qui est assourdissante. Sa finesse, sa délicatesse et sa légèreté font défaut. La complémentarité Bowie / Iggy faisait merveille. Là, visiblement, Iggy dirige et Josh Homme met en musique, mais il y a déconnexion entre les deux.
A “In the Lobby” de redresser la barre… C’est foiré. Le coup de mou de “American Valhalla” vire au naufrage. Sans espérer une complémentarité entre eux, j’attendais au moins que Pop et Homme s’épaulent (comme dirait McCartney). Avec “In the Lobby”, ils s’opposent, ils sont dans l’affrontement, chacun tirant la corde de son côté au point de se neutraliser l’un l’autre, d’asphyxier la chanson. Il faut sortir les bouteilles d’oxygène et les palmes pour poursuivre l’écoute. J’ai envie de lancer une bouée de sauvetage à Iggy pour le tirer de ce mauvais pas… Les petits cris forcés de Josh Homme derrière seraient presque risibles. J’avoue, c’est gratuitement méchant. Iggy évite tout juste la dépression post Pop promise sur la devanture. Il aurait dû imposer à l’Homme l’écoute de l’intégrale de Bowie en boucle trois mois durant avant l’enregistrement de l’album pour l’en imprégner.
Ça s’améliore avec “Sunday”, la rythmique funky appuie la voix “berlinoise”. Le morceau se conclut au milieu de la piste avant l’envol du “Vulture” pour le Mexique façon Calexico tombé dans un guet-apens. “German Days” renvoie à l’histoire berlinoise, Iggy bardé de cuir et menotté au radiateur par Nina Hagen ! Ça se détend du slip avec “Chocolate Drops”, plus souple sur les genoux. Josh Homme devait en avoir marre d’arpenter le mur de Berlin, il a repris la direction de la Route 66. Cette chanson est une oasis de fraîcheur. Jusque-là, Iggy chantait avec le couteau sous la gorge, là, il relâche la tension. “Chocolate Drops” est le deuxième tube après “Gardenia”.
Post Pop Depression se fait plus apaisant avec “Paraguay” qui, en plein milieu, change de braquet pour – j’imagine – une impro conduite par Josh Homme qui donne le morceau le plus rock de l’album. Peut-être qu’Iggy aurait dû lui laisser plus de latitude finalement… Merde alors, v’là que je retourne ma veste moi maintenant ! Mes gouttes et vite !

Ce disque démontre que Iggy et Bowie étaient des sources d’inspiration mutuelles. Post Pop Depression est un bel hommage indirect à Bowie, enregistré avant sa disparition et une projection sur l’après Iggy qui se sent probablement un peu orphelin désormais. Comme il est orphelin de ses Stooges là! La collaboration avec Josh Homme pourrait s’avérer fructueuse si Iggy lui laisse plus de marge de manœuvre à l’avenir. Si cette histoire a un avenir…

Iggy Pop Post Pop Depression Caroline/Loma Vista Recordings

TRACKLIST

Side A

Break Into Your Heart
Gardenia
American Valhalla
In The Lobby
Sunday

Side B

Vulture
German Days
Chocolate Drops
Paraguay



Album également dispo’ sur Spotify et Qobuz.





Patrick Foulhoux

Ancien directeur artistique de Spliff Records, Pyromane Records, activiste notoire, fauteur de troubles patenté, journaliste rock au sang chaud, spécialisé dans les styles réputés “hors normes” pour de nombreux magazines (Rolling Stone, Punk Rawk, Violence, Dig It, Kérosène, Abus Dangereux, Rock Sound…), Patrick Foulhoux est un drôle de zèbre.

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