imitation game

imitation game final

Si l’industrie du cinéma a l’habitude de créer des superhéros de toute pièce, en adaptant méthodiquement tout Marvel et DC Comics, ainsi que l’intégralité des sagas « young adults » jamais écrites, elle s’échine aussi souvent à ressortir des « destins méconnus » de derrière les fagots en leur trouvant une résonance universelle, nous renvoyant ainsi à nos simples existences mornes de pauvres mortels inutiles (car non, on ne peut pas tous avoir vécu la purge du héros d’Invincible).
Et puis bizarrement, une fois de temps en temps, il y a quelques films modestement estampillés « biopic » qui nous racontent l’histoire d’un VRAI héros méconnu. Le genre de héros qui a réellement contribué à faire du monde ce qu’il est aujourd’hui, sans que personne ne soit jamais au courant. Et du coup, nous non plus, on ne voit plus le monde de la même façon. C’est le cas d’Imitation Game.

Mathématicien de génie engagé par les services secrets britanniques pendant la Seconde Guerre Mondiale, Alan Turing a créé l’une des premières machine d’intelligence artificielle, capable de décrypter les messages du régime nazi, écourtant ainsi la guerre de 2 ans, et qui a ensuite largement contribué aux progrès de l’informatique. Sans lui, pas d’ordinateur aujourd’hui. Qui dit mieux ? Condamné pour homosexualité dans les années 50, il finira pourtant par se suicider. Gardés top secrets pendant 50 ans, le projet Enigma et le rôle de Turing dans la résolution de la guerre refont surface aujourd’hui sans trop faire de bruit, alors que son destin donne des frissons. Ce vrai héros qui a dédié sa vie à l’évolution de la technique et changé la face du monde est en effet mort seul et inconnu, car même si à l’époque, la science avait évolué, les mœurs pas encore.

Dans son premier long métrage, Morten Tyldum fait preuve d’un classicisme bienvenu qui est mis au service de l’histoire, qui se suffit à elle seule. Benedict Cumberbatch, toujours parfait, ne tombe jamais dans le cabotinage oscarisable et parvient à nous faire pleurer en un seul regard. Et contrairement à ses derniers rôles, de La Taupe (Tomas Alfredson, 2011) à Star Trek Into Darkness (J.J. Abrams, 2012), en passant par la série Sherlock, le réalisateur ne joue pas sur son physique atypique pour en faire un personnage inquiétant, mais seulement sur sa sensibilité naturelle pour nous faire comprendre sa solitude et son inadaptation à la vie sociale. Il est d’ailleurs parfaitement aidé dans cette tâche par des seconds rôles tout aussi subtils, de la touchante Keira Knightley, forte sans en avoir l’air, au sensuel Matthew Goode, que l’on aimerait voir plus souvent au cinéma.

Un biopic convenu au premier abord, mais d’autant plus marquant par son propos que celui-­ci n’est pas imposé par la force, mais au contraire soumis avec douceur au spectateur en lui posant, comme le personnage principal, cette question simple mais insidieuse : « Êtes­-vous suffisamment attentif ? »

Imitation Game de Morten Tyldum
avec Benedict Cumberbatch, Keira Knightley et Matthew Goode.
Scénario de Graham Moore.


Julia Rivière

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