John Cunningham « Fell »

John Cunningham
Un nouvel album de John Cunningham constitue toujours un événement dans le microcosme Pop. Le songwriter est aussi discret que ses chansons sont chérissables.

Déjà quatorze ans sont passés depuis Happy Go Unlucky et on comprend mieux la raison après avoir écouté son sixième opus, qui arrive chez nous après une trop longue attente pour les inconditionnels du compositeur malheureusement bien trop méconnu et sous-estimé malgré une carrière passionnante. En effet, cet esthète de la Pop song a besoin de laisser mûrir ses compos comme un vigneron de laisser vieillir son vin afin qu’il exprime toutes ses subtilités et sa palette aromatique. Les personnes tombées comme moi au début des années 90 sous le charme de son Shankly Gates ne me contrediront pas. C’est avec cet album à la mélancolie diffuse et légère que le jeune Anglais d’alors, avait toqué à la porte de notre cœur et pénétré en douceur mais durablement dans notre intimité, et qu’il s’était imposé avec une extrême délicatesse comme notre confident idéal, toujours présent pour penser nos bleus à l’âme et nous donner du réconfort dans les moments de tourmentes. Un vrai havre de paix où l’on pouvait se réfugier et où il faisait bon retourner dans le secret de son intimité. Après 30 ans et cinq albums, notre cher ami revient avec un album en forme d’apothéose.

En effet, à l’écoute de ce Fell, on mesure la somme de travail et de talent pour que la majesté de ces mélodies se déploie dans toute sa souveraineté et sa beauté mystérieuse. Tel un orfèvre, John Cunningham a paré ses chansons d’une ornementation baroque du meilleur effet afin de décliner avec le plus de justesse possible la palette des émotions qu’il voulait faire ressentir à ses auditeurs. Après une écoute attentive de ce recueil on admet sans efforts que les arrangements qu’il a fondus dans ce florilège de mélodies sont toujours au service des chansons et n’alourdissent pas le propos mais bien au contraire, surlignent avec parcimonie et bon escient chaque idée en les enrobant amoureusement dans une production de haute couture. C’est bien là la réussite incontestable de l’album qui en regorge.
Dès le premier titre, on ne peut résister à cette voie mélancolique à certains égards et d’une pâleur lumineuse qui sait devenir aérienne lorsque la mélodie fait de l’escalade « Let Go Of These Dreams » ou « Often The Ghost » ou le songwriter semble vouloir s’affranchir de l’apesanteur, accompagné par un piano aux notes impressionnistes. Et que dire de la pièce monumentale de l’album qu’est « We Go So We Don’t Know » ou un piano accompagné d’une flûte vont cahin caha puis grimpent avant d’être rejoints par une guitare dont les sons ne semblaient appartenir qu’a Georges Harrison, puis la mélodie change pour se transformer en cavalcade de synthé répétitive enrobée par un orgue antique à la solennité baroque. On ne pensait alors que des artistes comme Andy Partridge (XTC) ou Martin Newell capables d’un tel tour de force , pour bâtir une telle cathédrale Pop. « I Can Fly » porte bien son nom car le musicien prend de seconde en seconde son envol vers des hauteurs où seuls les oiseaux peuvent lui disputer la présence; de plus il glisse avec un goût certain un saxo à la fin du titre à la douceur exquise qui parachève de sublimer la chanson. Notre oreille ne peut se décoller de la platine lorsque arrivent les premières notes de « Frozen in Time » et que l’on entend le mariage inédit entre les Beatles et les Beach Boys. la même sensation nous étreint avec l’impeccable « While They Talk Of Life ». Mais notre ami connait les saintes écritures sur le bout des doigts et par conséquence le grand Nick Drake alors pourquoi ne pas déambuler la tête dans les nuages avec  » For The Love Of The Money »?
Puis le dernier titre arrive comme pour nous quitter avec calme. Un titre à la blancheur immaculée et à l’espérance immense « Flowers Will Grow On This Stony Ground » qui clôt un album au cœur gros comme ça. Sur de nombreux titres on ressent une allégresse des plus agréables. On nage en plein rêve mais c’est bel et bien celui de John qui nous a transposé ses découvertes les plus précieuses de retour du pays des songes, son Eden Pop.
Les amateurs du compositeur seront comblés au delà de leurs attentes, quand aux nouveaux auditeurs qui découvrent, il faudra, s’ils ont été comblés par Fell, absolument découvrir les immenses Shankly Gates et Homeless House au spleen idéal et Happy Go Unlucky pour son humeur Beatlesienne. Tous trois sont aussi pertinents et agréables à réécouter malgré les années passées. Il ne faudra pas oublier non plus de jeter une oreille à Fugu, projet du français; Medhi Zannad qui a épaulé John Cunningham sur cet album.

Sinon que dire encore de ce Fell mis à part peut être qu’il ne constitue pas une nouvelle grande œuvre du songwriter mais bien son chef d’œuvre . Il serait donc injuste que cet artiste reste confidentiel car il mérite sa place avec les plus grands!

John Cunningham Fell Microcultures/Differ-Ant
Site web de John Cunningham, de Microcultures et de Differ-Ant.

TRACKLIST:

Let Go of Those Dreams
Often a Ghost
We Get so we Don’t Know
Something About the Rain
I can Fly
For The Love of Money
Frozen in Time
What Have You Done?
While They Talk of Life
Flowers Will Grow on This


 

Ice Cream Man

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