La Dispute « Panorama »

Si j’avais à écrire un scénario pour décrire l’histoire entre moi et le groupe La Dispute, je pourrais me fendre d’une sorte de romance bon marché. Bon, je dis une sorte, parce que je ne sais pas si tu pourrais regarder le résultat en pyjama avec des Oreos sur le canap’ un dimanche pluvieux, donc je préfère y aller doucement.

Ce film commencerait sur des plans de soirées entre potes, la vingtaine. On écoute de la musique, on boit des canons, certains sont déguisés en fan de Heavy Metal des années 70, d’autres planquent des œufs frais dans le lit de leur hôte pour qu’il passe une bonne nuit. Jusqu’ici, tout ce qu’il y a de plus banal. Mais quelqu’un lancerait alors la phrase “Tiens, t’as écouté La Dispute ? C’est trop bien”. Évidemment, peu vont dire oui, à part ceux qui mentent, mais tout le monde s’empresse d’aller écouter les jours suivants. Et cet album, on en a parlé longtemps. Il s’appelle Somewhere at the Bottom of the River Between Vega and Altair. Un album génial, sorti il y a dix ans entre Punk-Hardcore, Screamo avec presque des accents Metal, tout en restant ultra émotionnel. Oui, ça crie et ça joue fort, c’est rempli d’énergie, mais c’est fabuleux. Pourtant, je n’ai pas eu le coup de foudre de suite. Il m’a fallu passer par-dessus la voix criarde, le son de guitare un peu école primaire du punk rock, et, pour moi, ça faisait déjà beaucoup. Puis, quand j’ai réussi à gratter la surface, ce que j’ai découvert en dessous m’a scotché. Assister à leur concert juste après : une branlée. Décortiquer les structures, les mélodies, pour qu’elles deviennent une influence profonde, un plaisir. Finalement on était fait pour s’entendre. La romance s’installe.
En écoutant Panorama aujourd’hui, leur quatrième album, dix ans après leur premier donc, on est très, très loin du temps de l’insouciance, de leurs concerts dans des squats pieds-nus et de la voix criarde des débuts. À vrai dire, j’avais presque perdu de vue le groupe entretemps, comme une image qui se noircit avant le plan suivant qui commence par “10 years later”. Je ne me sentais plus trop proche de la musique, du groupe, je ne me sentais plus vraiment concerné. Pourquoi avoir écouté celui-la alors ? Sûrement parce que leur premier album a été remasterisé pour ressortir une décennie après son édition originale, et si le son est passé de l’école primaire au lycée, l’essentiel est resté, à savoir le poing dans la face. Alors, je me suis dit que j’avais peut-être été un peu vite et me suis remis le pied à l’étrier.
Et boom ! La métamorphose est d’autant plus impressionnante avec cette perspective. En ouvrant ce Panorama, je suis donc embarqué à nouveau. Pour le scénario, j’écoute l’album tranquillement à la maison, un verre à la main, sans plus. La musique s’est enrichie tout comme les concepts, les paroles, les mélodies. Tout à pris une autre dimension. Déjà, l’album s’écoute comme on lirait une histoire. Les coupures entre les chansons sont presque inexistantes si on n’y fait pas attention. Les atmosphères sont lentement mises en place, et varient avec une profondeur impressionnante. Tout est absolument millimétré et je suis vraiment surpris par les changements d’intensités. Rien que dans “Fulton Street I” le bouton de tension est parfaitement géré, avec un chant qui varie du parlé au crié. Pour donner quelques références, on est entre un Post Rock atmosphérique, émotionnel, et du Post-Hardcore moderne, plus direct, plus frontal, caractéristique du groupe. Les riffs de guitare se sont assagis, mais les chansons nous racontent encore plus d’histoires. Et c’est exactement ce qui en fait un album mémorable. Bon, je ne vais pas te la faire à l’envers, je suis loin d’avoir encore tout compris, parce que c’est le genre d’album qui se laisse découvrir petit à petit au fil des écoutes. Pourtant, l’essentiel est ici. Tu peux passer une heure juste à écouter la musique sans rien faire d’autre. Et aujourd’hui c’est assez rare, en particulier pour moi. Alors je vais pas te faire une description par chanson ou par minute, parce que j’en suis incapable. J’essaye juste de te faire sentir l’atmosphère qui se dégage quand tu fais tourner le disque sur la platine, un soir de printemps. Comme avec un bon film et un chocolat chaud.

Le film justement, il peut se terminer sur une bonne note : J’ai retrouvé mon amour pour La Dispute. Pourquoi ? Je pense que c’est parce que j’attendais une métamorphose, j’attendais d’écouter quelque chose de vraiment différent. Les albums précédents ont peut être seulement amorcé cela chez moi, et tout prend plus de sens maintenant. Un peu chiant comme film ? Bah, on ne fait pas tous des blockbusters, hein.

La Dispute Panorama Epitaph/Pias
Photo de couverture : Pooneh Ghana ©

TRACKLIST :

Side A

Rose Quartz
Fulton Street I
Fulton Street II
Rhodonite and Grief
Anxiety Panorama
In Northern Michigan

Side B

View from our Bedroom Window
Footsteps at the Pond
There you are (Hiding Place)
You Ascendant



Album également disponible sur iTunes, Spotify & Qobuz,
mais également chez tous les bons disquaires !



Martin Andraud

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.