Massive Attack & Young Fathers au festival Les Nuits de Fourvière

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Il est des journées parfumées d’une certaine saveur et d’un doux parfum d’éternité. Après un samedi 30 Juin riche en émotion footballistique, on ressent au petit matin de ce premier dimanche de juillet que ce ne sera pas vraiment un jour comme les autres, avec cette étrange impression qu’on a rendez-vous avec l’histoire.

Certaines formations ont plus ou moins marqué de leur empreinte des générations de mélomanes et le collectif Massive Attack, originaire de Bristol, fait partie de cette rare caste ayant su à travers les années inscrire leur musique dans le temps. Initiateur et précurseur du mouvement Trip-Hop, ils ont traversé les années 90 comme Major Band pour nous donner depuis les années 2000 que de trop rares nouvelles.
Nous attendons toujours impatiemment le successeur de Heligoland (2010, Virgin), seuls quelques rares EP’s (Ritual Spirit & The Spoils en 2016) ou date anniversaire de sortie d’album (les 20 ans de Mezzanine en juin dernier) viennent satisfaire nos petites oreilles de fans et nous rappeler à quel point ce groupe est précieux. Alors quand on découvre au mois de février qu’ils seront prochainement en terre lyonnaise, impossible de résister à la tentation de braver la route et la canicule pour rejoindre le merveilleux théâtre antique de Fourvière, dont la réputation de plus belle « salle de concert à ciel ouvert de France » n’est plus à démontrer.

Arrivés autour de 19h30 pour l’ouverture des portes, de nombreux fans sont déjà massés pour être aux premières loges, et il ne faudra pas attendre longtemps pour voir les gradins puis la fosse se remplir; le concert affichant complet dès les premières heures de la mise en vente des billets. Un bon rafraichissement et un coussin confortable sont nécessaires pour atténuer les effets d’une température étouffante et protéger nos petites fesses d’une pierre brulante. Nous voilà prêts pour la première partie et l’aventure Young Fathers, dont le très beau visuel tiré de leur dernier album Cocoa Sugar (2018, Ninja Tune) paru cet hiver et fort bien accueilli par la critique, orne le fond de scène. live report chronique compte-rendu concert live show festival les nuits de fourvière lyon 2018 massive attack young fathers paul bourdel loll willems spoil mezzanine blue lines trip-hop electro hip-hop rap Formation Hip-Hop originaire de la magnifique ville d’Édimbourg, composée de Alloysious Massaquoi, Kayus Bankole et Graham Hastings, ils sont accompagnés sur scène à la batterie par Steven Morrison. Si la mise en place sur les deux premiers morceaux est un peu poussive, avec un son proche parfois de la saturation, le quatuor écossais trouve enfin son rythme de croisière à partir du troisième titre pour délivrer un set urgent, déstructuré et totalement atypique où la Soul, le Rock et le Hip-Hop s’entremêlent. On pense parfois à Bloc Party ou à TV on the Radio, les beats et les percussions accompagnent les trois voix masculines pour un concert d’une belle énergie Krautrock, tout en fricotant du côté de l’Afro-Beat.
Même si l’on peut regretter un aspect minimaliste et parfois répétitif sur les parties instrumentales (le style « boite à rythme » voulant en partie cela) , les gladiators de Young Fathers seront parvenus à mettre en appétit l’arène lyonnaise, charmée par ce trio de bellâtres dont les déhanchés et les belles musculatures auront émoustillé une grande partie du public.

Passés les traditionnels changements de plateau et un certain temps d’attente pour voir la nuit tomber sur Fourvière, la formation de Bristol arrive enfin sur scène avec la légende Horace Andy en chef de file. Par sa présence et son charisme si unique, on comprend très vite que nous allons avoir la chance d’entendre quelques titres phares du groupe. Et quelle meilleure chanson au groove introductif incomparable pouvait mieux lancer cette soirée si ce n’est le merveilleux « Hymn of the Big Wheel », hymne Trip-Hop culte de toute une génération qui nous ramène à ce disque intemporel qu’est Blue Lines (1991, Circa/Virgin). Cette chanson a beau avoir près de trente ans, elle n’a décidément pas pris une ride. Nous voilà d’emblée hypnotisés par la montée de sons qui semble soulever les marches du théâtre antique, et par les visuels en fond de scène où s’enchainent des messages à caractères existentiels pour mieux nous accueillir : « Qui sommes-nous », « Que faisons-nous là? » On va rapidement le savoir, tout en ne sachant plus qui nous allons être vraiment dans l’heure et demi qui suit… Deuxième titre et deuxième bombe, « Risingson » vient fendre le ciel lyonnais, c’est le premier des trois morceaux de l’illustre Mezzanine (1998, Virgin) qui seront joués ce soir; Il pose l’ambiance de la soirée, celle d’un concert qui sera sombre et lumineux, profond et habité à l’image de ce grand classique. Passées ses deux pièces majeures de la discographie du groupe aux allures de grosses claques dans notre gueule, la bande de Bristol vient nous rappeler qu’à la base, 3D, Daddy G et Mushroom étaient DJ’s. Ils nous offrent une version électronique et technoïde de « United Snake » pour virer ensuite au mystique et au Dub sur le magnifique « Ritual Spirit » chanté par Azekel (un des rares titres récemment sortis par le groupe), puis sur « Girl I Love You » où Horace Andy revient une seconde fois sur scène. live report chronique compte-rendu concert live show festival les nuits de fourvière lyon 2018 massive attack young fathers paul bourdel loll willems spoil mezzanine blue lines trip-hop electro hip-hop rap On a seulement entendu cinq chansons et on a déjà visité les différents styles musicaux que le groupe a exploré au cours de sa longue carrière, respect. « Eurochild » et « Future Proof » -seuls morceaux joués des formidables Protection et 100th Window (1994 & 2003, Circa/Virgin) continuent d’électriser l’atmosphère et font entrer le concert dans une dimension apocalyptique où visuels et couches sonores se superposent et se confondent pour nous laisser un peu plus pantois à chaque morceau, totalement ébahis par la justesse et la puissance des compositions qui retrouvent comme une seconde vie. Les Young Fathers reviennent ensuite sur scène pour chanter deux morceaux plus récents (« Voodoo in my Blood » et « Way up Here ») et cela s’avère presque comme un entracte salvateur pour nous remettre de nos premières émotions, ce sera le seul temps faible du concert.

Le retour d’Horace Andy est lui d’un tout autre acabit lorsque sa voix revient pour déchirer la ligne de basse toujours envoutante du merveilleux « Angel » , déflagration tout aussi importante sur le merveilleux « Inertia Creeps »; Nos poils ne retomberont qu’à la fin du dernier titre où « Safe from Harm » chantée ce soir par Deborah Miller finira de nous achever. C’était le tiercé gagnant du jour et par la grâce de ses trois titres, nous venons de croiser la beauté, envoutée par ces airs mythiques qui résonnent en nous depuis tant d’années et qui prennent une dimension encore plus prégnante joués en live.

Il faut dire qu’avec l’écran placé en fond de scène, le groupe profite de l’espace pour délivrer de nombreux messages militants, altermondialistes et humoristiques sur fond d’actualité brûlante et donner encore plus de sens à leur musique. Les clins d’œil à Simone Veil et Kylian M’Bappé, tous les deux entrés au panthéon ce week-end, seront les plus acclamés par le public. Le groupe quitte la scène après seulement une douzaine de morceaux, un peu court mais d’une intensité obscure et foudroyante! Après tant de dithyrambes, inutile de vous dire que le rappel de trois morceaux (« Take It There », « Unfinished Sympathy » et « Splitting the Atom ») sera à la hauteur de ce que nous avions entendu précédemment, comme une parfaite synthèse de l’œuvre discographique du groupe, mais aussi de la soirée où les voix de Deborah Miller et Horace Andy apportent un supplément d’âme aux compositions musicales.

Depuis plus de trois décennies, la marque de fabrique des Anglais est de créer et composer une musique sombre et glaciale dans laquelle les voix de tous les artistes invités apportent suavité et sensualité, une musique faite d’exigences où la noirceur se transforme souvent en lumière, une musique aventurière faite de prises de risques, de renouvellement et d’engagement, nous ne pouvions pas en avoir plus belle illustration ce soir.
Il est des nuits parfumées d’une certaine saveur et d’un doux parfum d’éternité, nous n’oublierons jamais celle-ci.

Setlist

Hymn of the Big Wheel (avec Horace Andy)
Risingson
United Snakes
Ritual Spirit (avec Azekel)
Girl I Love You (avec Horace Andy)
Eurochild
Future Proof
Voodoo in My Blood (avec Young Fathers)
Way up Here (avec Young Fathers)
Angel (avec Horace Andy)
Inertia Creeps
Safe From Harm (avec Deborah Miller)

Rappel

Take It There
Unfinished Sympathy (avec Deborah Miller)
Splitting the Atom

Photos : Loll Willems
Festival Les Nuits de Fourvière à Lyon


Compte-rendu du festival Rock en Seine 2016
avec (entre autres) Massive Attack

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Nicolas Testud

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