Nick Cave & The Bad Seeds « Ghosteen »

Si l’on savait de source sure que le successeur de Skeleton Tree (2016, Bad Seed Ltd.) était en préparation, on ne s’attendait pas à le voir débarquer de sitôt. Le chanteur australien a ainsi pris tout le monde de court en annonçant, via sa newsletter The Red Hand Files, la sortie de ce 17ème LP pour la semaine suivante.

Depuis que les médias musicaux (Pitchfork ou Consequence of Sound en tête, pour ne citer qu’eux) sont devenus des nids à gossip de rockstars, détaillant leurs moindres faits et gestes (parfois même carrément personnels), on connait tous, qu’on le veuille ou non, les circonstances qui entourent les deux derniers album de Nick Cave (et si ce n’est pas le cas, un tour sur Google aiguisera votre curiosité malsaine…). A l’instar de The Boatman’s Call (1997, Mute) qui était clairement le disque de la rupture (au sens propre comme au figuré) pour le songwriter, Ghosteen est celui du deuil. Bien que Skeleton Tree, composé en grande partie avant le drame qui a frappé la famille Cave, baignait déjà dans une certaine mélancolie (propre à Cave diront certains), ce nouvel LP aborde sans aucun filtre tristesse et mort. Musicalement, il est d’une sobriété à toute épreuve et n’est composé que par quelques instruments : Les plages de synthé’ à la limite de l’ambiant côtoient des cordes discrètes et, bien sûr, un piano qui reste l’instrument indissociable de l’univers du compositeur. Alors que Martyn Casey (basse), George Vjestica (guitare) Jim Sclavunos (Percussion) et Thomas Wydler (batterie) sont bien crédités sur l’album, on se demande ce qu’ils ont bien pu foutre pendant les sessions d’enregistrement tant ils sont discrets sur l’ensemble du disque. Une fois de plus, c’est le side-kick Warren Ellis, qui fait une grande partie du job. Ce dernier, déjà proche de Cave (dans Grinderman ou sur les b.o. qu’ils composent ensemble) prend plus de place à la composition (il co-signe tous les titres), aux chœurs ou sur une bonne dizaine d’instruments (flute, violon, piano, boucles…).
La presse musicale ne tarit pas d’éloge sur Ghosteen, et il faut bien reconnaitre qu’il s’agit d’un très bel album. Bouleversant, et cathartique mais qui reste cependant, malgré quelques moments de grâce, très difficile à écouter (clairement déconseillé lors d’une soirée entre potes par exemple, sous peine de les voir les uns après les autres sauter par la fenêtre !) Alors qu’on avait droit sur Skeleton Tree à un disque très riche instrumentalement parlant, ou boucles électroniques se mêlaient à une rythmique flirtant avec le jazz, Ghosteen choisit de laisser Cave quasi seul avec sa voix et son piano, au point de le faire passer pour un album solo.

D’après Nick Cave himself, Ghosteen clôt une trilogie entamée avec Push the Sky Away (2013, Bad Seed Ltd.). Il s’agit sans nul doute d’un de ses albums les moins accessibles depuis le début de sa collaboration avec les Bad Seeds et qui se rapproche nettement des bandes originales composées avec Warren Ellis. Bouleversant mais touchant, le disque déconcerte tout en contenant certaines des chansons les plus tristes et belles qu’il n’ait jamais écrites. Une merveille recommandée uniquement à des oreilles averties en somme.

Nick Cave & The Bad Seeds Ghosteen Bad Seed Ltd.

TRACKLIST :

Part 1
Side A

Spinning Song
Bright Horses
Waiting For You
Night Raid

Side B

Sun Forest
Galleon Ship
Ghosteen Speaks
Leviathan

Part 2
Side C

Ghosteen
Fireflies

Side D

Hollywood



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Stéphane Pinguet

Disquaire indépendant aigri mais passionné, amateur de musique, cinéma, littérature et bandes dessinées en tous genres.

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