Rone « Creatures »

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Au concours qui fait rage depuis 2011 pour trouver une meilleure BO que l’originale au film Drive, le nouvel album de Rone serait probablement le grand vainqueur. A la fois pop, crépusculaire et inquiétant, il accompagnerait en effet parfaitement les virées nocturnes de Ryan Gosling dans une cité des anges endormie. Mais cela serait réduire injustement Creatures à une simple musique cinématographique, juste bonne à illustrer de belles images qui bougent.

Or, si Rone nous invite clairement à venir rencontrer avec lui les créatures de la nuit, il nous convie surtout à un voyage introspectif dont la musique, loin de n’être qu’un joli décor, en est le principal vecteur.
Démarrage en douceur avec l’énigmatique mais déjà puissant « (OO) », qui appuie progressivement sur l’accélérateur pour nous déposer au pied d’ « Acid Reflux », brise électronique qui voit lentement le soleil se coucher sur la ville. Puis débarque Étienne Daho – toujours sur les bons coups de l’avant­garde musicale française –, qui nous entraîne au fond de la piscine avec ses pensées « Mortelle(s) ».
Elle sont là, les créatures du titre et de la pochette de l’album : des invités surprises et classieux, qui se font les voix de l’âme sur des sonorités enivrantes. Ce ne sont pas les créatures étranges de la nuit, comme on pouvait le penser au début, mais bien ces différentes personnalités qui nous habitent, s’interrogent et se répondent entre elles, et auxquelles Rone souhaite ici donner la possibilité de s’exprimer. Timides au départ, elles finissent par s’imposer sur un « Sing Song » empli de confiance et un « Memory » assumant ses désirs groovy. Sommet incontestable de l’album, le dantesque « Ouija » expose enfin les vraies intentions de l’impétueux Parisien : repousser simplement les limites actuelles de son genre musical, en créant une musique électronique qui prend son temps, ignorant toute efficacité dancefloor et osant mettre au même niveau beats radicaux et textes poétiques francophones. Après avoir encore croisé quelques « Freaks » sympathiques sur un titre se délectant d’expérimentations futuro­baroques, nous sommes finalement conviés à « Quitter La Ville » avec François Marry, l’ange terrien des François and the Atlas Mountains. De sa voix troublante semblant venir des cieux, il participe là au réel chef d’œuvre de l’album : un morceau épique tout en crescendo rythmique et émotionnel qui nous fait sortir de nous-­mêmes et nous révèlent des sentiments insoupçonnés (comme par exemple un amour inconditionnel à Jean­-Michel Jarre, qui a par ailleurs adoubé Rone dans ses compilations pour le label InFiné).

En fouillant ainsi dans tous les recoins de son âme, Rone imposer son style et transforme chacun de ses auditeurs en l’une des créatures qui peuplent son imaginaire et le poussent à inventer une musique aventureuse qui n’a plus peur des monstres cachés sous le lit de l’électro française.

Rone Creatures InFiné
Photo de Couverture par Thimothy Saccenti.

TRACKLIST:

Face A

(OO)
Acid Reflux (ft. Toshinori Kondo)
Mortelle (ft. Etienne Daho)
Sing Song
Memory

Face B

Sir Orfeo (ft. Sea Oleena)
OUIJA
Roads (ft. Bryce Dessner)
Calice Texas (ft. Bachar Mar-Khalife)
Freaks (ft. Gaspar Claus)
Quitter la ville (ft. Frànçois Marry)
Vif (ft. Bryce Dessner)



Album également dispo’ sur Spotify.








Julia Rivière

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