The National au Café de la Danse et à l’Olympia

The National a toujours eu un rapport particulier avec la France. Bien avant de « percer » dans son pays d’origine, c’est dans nos contrées que le quintet de Cincinnati a d’abord fait parler de lui. Grâce à sa signature sur le label bordelais Talitres puis l’adoubement du respecté « John Peel français » Bernard Lenoir avec qui le groupe enregistra l’une des dernières « Black sessions ». Quelques jours après avoir dévoilé la date de sortie de leur huitième album, I Am Easy to Find, les New-Yorkais d’adoption ont annoncé une série de concerts intimistes (A special evening with The National) dans cinq villes à travers le monde, dont Paris, à l’Olympia, une salle dans lequel ils ne s’étaient pas produit depuis neuf ans.

Comme une sorte de mise en bouche avant leur venue boulevard des Capucines -où le groupe est accompagné d’une série de guests-, les National s’offrent un retour aux sources avec un concert privé au Café de la Danse, diffusé en direct dans l’émission Very Good Trip de Michka Assayas sur France Inter. Une sorte de remerciement aux fans de la première heure…

C’était annoncé, la soirée serait « spéciale ». Pas de première partie ce soir, mais la diffusion sur grand écran du beau court métrage de Mike Mills I Am Easy to Find qui accompagne l’album et met en scène Alicia Vikander dans le rôle d’une femme à différentes étapes de sa vie, de sa naissance à sa mort. Le réalisateur, également présent ce soir, participe à un bref « Q&A » accompagné de deux membres du groupe (très intéressant lorsque l’on comprend l’anglais) mais qui semble ennuyer une partie du public pas forcément bilingue. L’ennui commence à s’installer chez certains, n’ayant pas bien capté que la soirée était clairement axée sur ce nouvel album. Seul argument véritablement recevable parmi les râleurs, le prix exorbitant des places (45 à 70 balles !). Alors que le Café de la Danse accueille le groupe dans une configuration on ne peut plus sobre, la présentation est plus soignée à l’Olympia : de sobres néons de couleurs disposés au sol et au dessus des musiciens et un écran, sur lequel les titres des chansons s’inscrivent.  À peine plus étoffée que la veille, la setlist est en grande partie composée de nouveaux titres déjà parfaitement maitrisés. Très vite, on comprend la nouvelle direction prise par le groupe sur ce disque : la voix de baryton de Matt Berninger, beaucoup plus en retrait que d’ordinaire, laisse place à des voix féminines, celles de Pauline de Lassus Saint-Geniès aka Mina Tindle, Kate Stables de This Is The Kit et la musicienne de renom Gail Ann Dorsey, ancienne bassiste de David Bowie. Un choix qui témoigne une fois de plus de l’envie du groupe de ne jamais tourner en rond. Alors que Stables est la plupart du temps choriste, Dorsey et Mina Tindle chantent des parties lead. D’autres invités sont également présents : un second batteur (James McAlister, proche de Sufjan Stevens), une section de cordes (sept musiciens, deux fois plus nombreux que pour France Inter) ainsi que la danseuse contemporaine Sharon Eyal, qui arpentera la scène aléatoirement durant le concert. Le rôle des cinq membres ne change pas, Aaron Dessner au piano et à la guitare, son frère Bryce à la lead et les deux Devendorf, toujours aussi solides à la basse et à la batterie.

Le quintet attaque avec son premier single « You Had Your Soul with You », un titre qui fait parfaitement le lien entre les vieux morceaux « Indie Rock » du groupe et ses plus récents, plus aventureux, où boites à rythmes aux sonorités électroniques et soli de guitares stridents s’entremêlent. Invitée de prestige, Dorsey en impose par sa présence et sa voix. Elle effectuera au fil du set des aller/retour sur scène (sublime sur le sobre « Roman Holiday »), tandis que Stables et Lassus Saint-Geniès assureront leur rôles sur tous les titres. Le trio parait tellement indissociable à l’essence même des chansons que l’on se demande comment le groupe les interprétera dans le futur, lorsque le line-up reprendra sa forme « traditionnelle ». Alors que « I Am Easy to Find » et « Hey Rosey » rejoignent d’emblée les futurs classiques des New-Yorkais, le poignant « Where Is Her Head » en impose sacrément avec ce parti pris de laisser Berninger en retrait par rapport aux chanteuses, voire même carrément sur le banc de touche une bonne partie de la chanson.  On notera le retour du génial « Rylan », une chanson que les National jouent depuis près d’une décennie, sans pour autant l’avoir inclus dans ses albums studios. Autre futur « grand classique » du groupe, la superbe ballade crève-cœur « Light Years », joué en hommage à Notre-Dame-De-Paris, qui clôt le concert de France Inter et le set principal de l’Olympia. En guise de maigre rappel, un sublime dernier extrait d’I Am Easy to Find, « Not in Kansas », suivi d’un « Bloodbuzz Ohio » particulièrement épique puis des récents « I Need My Girl » et « Guilty Party » et, enfin, de l’essentiel « Fake Empire ».

Le groupe se retire après un concert décidément trop court devant un public à moitié frustré. On découvrira la suite à la sortie d’I Am Easy to Find, qui s’annonce définitivement comme le disque le plus ambitieux des National. Un album suivi on l’espère, d’un retour en France et de concert(s) à la durée plus conséquente.

Set List:

Café de la Danse pour France Inter (15/04/19)
à réécouter en intégralité par ici.

You Had Your Soul With You
Quiet Light
Oblivions
The Pull of You
Roman Holiday
Hey Rosey
I Am Easy to Find
Where Is Her Head
Hairpin Turns
Rylan
Light Years


Olympia (16/04/19)

You Had Your Soul With You
Quiet Light
Roman Holiday
Oblivions
The Pull of You
Hey Rosey
I Am Easy to Find
Where Is Her Head
So Far, So Fast
Hairpin Turns
Rylan
Light Years

Rappel

Not in Kansas
Bloodbuzz Ohio
I Need My Girl
Guilty Party
Fake Empire

The National
Salles : Le Café de la Danse et l’Olympia à Paris
Production : Live Nation
Photos: Gwenn Clement/Live Nation France


 

The National à l’Olympia, Gwenn Clement/Live Nation France 

The National à l’Olympia © National

The National en concert au Café de la Danse pour France Inter © Radio France / Lucie Marsaud


 

 

Stéphane Pinguet

Disquaire indépendant aigri mais passionné, amateur de musique, cinéma, littérature et bandes dessinées en tous genres.

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