Les Swans à La Coopérative de Mai de Clermont-Fd.

Swans à la Coopérative de Mai Poster

Les absents s’en mordent certainement encore les doigts, et bien qu’il soit inutile de retourner le couteau dans la plaie, je me dois de le redire : les Swans ont tout simplement livré une performance inoubliable à La Coopérative de Mai. Gira et les siens ont, pendant plus de 2h00, littéralement retourné la salle clermontoise..! 

Certains groupes méritent d’être découverts en live, qu’importe le style , il FAUT les voir sur scène. Car c’est parfois dans ce contexte que l’on prend la mesure des capacités d’une formation. On redécouvre parfois un tout autre groupe à la réécoute de leur disque. C’est le cas des Swans, qui, à l’instar de Shellac (légendaire trio entre noise et post-hardcore, un « must see »), ont largement mérité qu’on se soit bougé le cul un soir d’automne pour eux.
Comme toujours, mon arrivée tardive à la Coopé’ me fera louper la première partie, ‘pas bien grave, puisque, apparemment, Pharmakon (sur l’excellent label Sacred Bones) a annulé l’après-midi sa participation à la soirée. Ce sont deux membres des Swans qui improviseront un court set en guise de warm-up. 

Actifs depuis 1982 (malgré un hiatus de 97 à 2010), les Swans, originaires de New York City, se situent entre rock expérimental, noise et post rock, avec un line-up variable, dont le seul membre permanent est son leader Michael Gira. Le groupe a acquis au fil des décennies,un statut de formation culte, et ce n’est pas la performance de ce soir qui nous fera changer d’avis. Composé d’un line-up assez stable depuis sa reformation, les Swans seront ce soir représentés par six membres : L’impressionnant Thor Harris aux percussions (ainsi qu’à une dizaine d’autres instruments), l’impassible allemand Christophj Hahn à la pedal steel guitar, le sexagénaire leader Michael Gira au chant/hurlement et à la guitare, Phil Puleo derrière les fûts, Chris Pravdica à la basse et Norman Wesberg à la deuxième guitare. Tous feront preuve ce soir d’une incroyable précision et d’une rigueur à toute épreuve. Bluffant !

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 Le groupe jouera ce soir cinq extraits de sa longue discographie, pour près de 2h15 de concert. Il est très difficile de retranscrire à l’écrit les baffes que le public a pris, quoique le relou de la fosse qui a provoqué les cygnes à plusieurs reprises, aura, lui, un peu moins de mal à décrire celles qu’il a pris de la main de Gira, après avoir bêtement provoqué le groupe a plusieurs reprises (et vas-y que je lance ma bière, que je gueule des conneries…). L’atmosphère est déjà tendue, et les Swans ne sont pas réputés pour faire dans la franche rigolade, et, si l’on est normalement constitué, lorsque la formation débute son set, on ferme sa gueule et on assiste béat à une performance qui vous scotche du début à la fin. Les titres s’étirent parfois sur près de 30 minutes et sur scène, tout semble millimétré, la section rythmique est impeccable, mention spéciale à Pravdica qui peut tenir trois accords répétitifs pendant 15 minutes sans sourciller. Gira, entre le chef d’orchestre (pour son groupe) et le gourou (pour la fosse) reprend à plusieurs reprises discrètement ses musiciens, et tous semblent lui obéir au doigt et à l’œil, le scrutant tout le concert durant pour éviter tout faux-pas. La semaine passée, les cygnes ont rempli deux Maroquinerie parisienne, mais ce soir, la salle est étonnamment loin d’être pleine. Connue pour jouer fort, très fort, et ne jamais respecter cette stupide loi française limitant les concerts à un certain volume, les Swans jouent en moyenne à 115 Db et font quelques pointes à 130. Gira en personne incite son public à se munir de bouchon, merci du conseil. Le set alterne entre longues montées presque Post-Rock, passages expérimentaux et Noise sacrément bruyant.

Le groupe se donnera à fond pendant tout son set, et ce, malgré quelques tensions (merci aux deux crétins dans la fosse). Le public (qui a tenu jusqu’à la fin) est, bien qu’à moitié sourd, conquis, et rentre chez lui sourire aux lèvres, pour sans attendre se remettre To Be Kind (2014, Young God/Mute), le dernier album du groupe, sur la platine afin de se remémorer, l’un des concerts inoubliables de l’année à Clermont-Ferrand.

Salle: La Coopérative de Mai
Photos par Yann Cabello © son site web ici.
Site Web de Mute, Young God Records et des Swans.



Petit aperçu du groupe sur scène, au travers du documentaire réalisé par Jim Larson pour Pitchfork.
 

Stéphane Pinguet

Disquaire indépendant aigri mais passionné, amateur de musique, cinéma, littérature et bandes dessinées en tous genres.

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