The Proper Ornaments « Foxhole »

Foxhole
Dans son ouvrage récent La réputation (qui dit quoi de qui), la philosophe Gloria Origgi rappelle que la valeur que l’on attribue à toute chose — comme un disque, au hasard —, se forge dans la comparaison et la hiérarchisation systématique que l’on en fait (et de parler de notre espèce comme celle de l’homo comparativus). On évalue ainsi systématiquement une création en l’intégrant dans une sorte de réseau social personnel d’autres œuvres, à la fois objectif et subjectif. Aussi naturel qu’il soit, ce biais est assez
simple à mettre en œuvre avec le dernier album de Proper Ornaments. Il s’y prête même à merveille.
De l’art de bien meubler son intérieur

The Proper Ornaments — on peut déjà discuter des heures sur le sens profond (ou pas) du nom du groupe —, sort donc aujourd’hui son deuxième album Foxhole, album qui non seulement s’inscrit dans d’autres projets (des proches Ultimate Painting et TOY au plus lointain Veronica Falls) mais surtout dans des influences fortement marquées des 60’s aux 70’s (amusez-vous à entrer ici votre catalogue personnel, oui, amusez-vous homo comparativus!). Pour des artistes littéralement dépendants d’un avant et d’autres artistes, il est souvent compliqué de bien marquer son territoire et ne pas tomber du mauvais côté de la fine frontière entre sublimation et copie. Rassurez-vous de suite, Proper Ornaments rentre aisément dans la première catégorie.

Follow the white rabbit

Oui, pénétrons à présent dans le terrier du renard, comme pour y poursuivre un lapin blanc. Car entrer dans cet album c’est se faire tout petit et s’échapper de notre espace-temps pour visiter des univers parallèles qui sont autant de ballades plus ou moins rythmées (de 2:02 à 5:46 minutes pour le single « Memories » : eh oui, il y a tant à raconter!). Des ballades invariablement marquées par des sons simples mais riches, clairs mais chaleureux, ajustés mais amples, rivées autour d’arpèges et de boucles. Autant de morceaux qui semblent tantôt en suspension (« Just a Dream », « The Frozen Stare », « When We Were Young »), tantôt aller de l’avant (« Backpages », « Cremated », « Bridge by a Tunnel », « I Know you Know ») ou encore en arrière (« Jeremy’s Song », « Memories », le spatial « 1969 », « The Devils »). Tout respire le passé et pourtant ça respire.

Nothing stays the same

Bien évidemment tout cela n’échappe pas au groupe et à sa propre conscience puisque eux-mêmes en jouent à travers les titres et les paroles. Comme le souligne justement la critique de l’album sur Pitchfork, tout le projet peut se tenir dans cette phrase de « Backpages » : « See me in the back page of last year’s modern age ». On est, finalement, dans un registre très post- que l’on peut voir décliné à toutes les sauces aujourd’hui (mais c’est un autre sujet, quoi que). L’essentiel, pour conclure, est que cette revisite sonique trouve sa singularité en nous inscrivant dans un ici et maintenant. C’est même ce qui rend, au final, cet album aussi captivant.

The Proper Ornaments Foxhole Tough Love
Page Bandcamp de Proper Ornaments et site web de Tough Love Records.

TRACKLIST:

Side A

Back Pages
Cremated (Blown Away)
Memories
Just a Dream
1969

Side B

The Frozen Stare
Jeremy’s Song
When We Were Young
Bridge by a Tunnel
I Know You Know
The Devils



Album également en écoute sur Spotify et Bandcamp.


Rodolphe Canale

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