Chicken Diamond « Bad Man »

Sixième album de Chicken Diamond, le one-bad-man-band au nom de lutteur de lucha libre, Bad Man débute par une fulgurante “Jelly Roll” qui va déclencher une épidémie d’acouphènes chez les fans des Stooges, dieux du bouge, et les adeptes de Saint-Iggy, roi du bruit.

Toujours tout seul, Chicken Diamond réussit l’exploit de se renouveler à chaque nouveau chapitre tout en conservant le cap d’un blues de redneck tordu au son et à l’énergie des Stooges. Chaque fois, on s’étonne que ça fonctionne, chaque fois, l’autochtone nous étonne. Bad Man ne déroge pas à la règle. Après la catapulte “Jelly Roll” qui fait les niveaux avant d’entrer sur le théâtre des opérations, l’auditeur est attentif, prêt à bondir à la moindre balle perdue mais aucun écart de trajectoire ne vient entacher le feu nourri de l’artilleur posté derrière sa batterie rudimentaire et son bazooka à six cordes. Les jeunes coqs de la basse-cour ne ramènent pas trop leur grand bec en sa présence. Il aurait vite fait de leur becqueter la crête et de leur déplumer le croupion. Après le coup de semonce en préambule, Chicken Diamond nous emmène en balade en sillonnant une vallée qui fut jadis verdoyante et qui s’avère désormais être une plaine défigurée par les brûlures du climat et les blessures infligées par la main de l’homme. Cette “Bad Man” empruntée aux Oblivians est aussi méconnaissable qu’inquiétante. Les Oblivians en donnaient une magnifique rhythm’n’blues punk alors que Chicken Diamond remonte à la source blues de la chanson. Chantée à la façon d’Arno, elle montre l’homme des plaines du Grand Est sous un jour nouveau, pas forcément plus réfléchi qu’il ne l’était déjà, mais probablement, plus concerné. Comme si le poussin avait grandi et voyait le monde qui l’entoure à la bonne dimension, à taille humaine. Cette reprise ne provoque pas une cassure dans son répertoire, juste une prise de conscience qui pourrait l’amener à reconsidérer sa façon d’appréhender le blues. D’autant que la suite reprend des airs de révolte, Chicken Diamond remonte sur ses grands chevaux pour faire dégueuler les décibels des enceintes.

Chicken Diamond Bad Man Beast Records

TRACKLIST :

Face A

Jelly Roll
Coming Back Home
Don’t Wake Up
Don’t Get Me Wrong
Bad Man

Face B

Capacocha
No Escape
Let’s Get It On
To The Woods
Indian Summer


Patrick Foulhoux

Ancien directeur artistique de Spliff Records, Pyromane Records, activiste notoire, fauteur de troubles patenté, journaliste rock au sang chaud, spécialisé dans les styles réputés “hors normes” pour de nombreux magazines (Rolling Stone, Punk Rawk, Violence, Dig It, Kérosène, Abus Dangereux, Rock Sound…), Patrick Foulhoux est un drôle de zèbre.

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