The National et Youth Lagoon au Barclay Center à Brooklyn, NY

Les National semblent être incapable de décevoir leurs fans. Pourtant, à mesure que le succès du groupe a grandit, les occasions furent nombreuses, mais chaque sortie impressionne, et les américains gardent ce petit quelque chose qui fait toute la différence.
Seule déception dans l’histoire, la popularité grandissante du groupe : fini les petites scènes intimistes, désormais, c’est dans de grandes salles ou dans des stades qu’il faut se rendre pour assister à leurs concerts.
C’était le cas de cette date au Barclay Center de Brooklyn, le 5 Juin 2013. Un concert important puisqu’il était d’une part situé dans leur ville d’adoption, New York, mais également car il s’agissait de la première date de la tournée visant à promouvoir le sixième album du groupe, le brillant Trouble Will Find Me, sorti quelques semaines plus tôt.

Nous arrivons un peu avant l’ouverture des portes du Barclay Center, immense stade dédié en grande partie à accueillir les matchs de l’équipe de basket ball de Brooklyn : les Nets. Une grande première pour moi ce soir, assister à un concert dans un stade (chose que je m’étais juré de ne jamais faire). On ne rentre pas dans le stade comme dans un moulin, deux contrôles de sécurité sont nécessaires, pour être enfin redirigés par le très serviable personnel du stade jusqu’à la porte correspondante au numéro de ticket (on se croirait dans un aéroport !). On trouve absolument tout et n’importe quoi dans un stade américain, et principalement de la junk-food (servis en abondance tout les 10 mètres). Plus tard dans la soirée, on comprendra vite la raison d’autant de « stands de gras ». Le public ne semble pas être venu voir un concert, il vient voir un spectacle, et ne s’inquiète pas de rater quelques miettes, pourvu qu’il ai son verre bien rempli et son assiette pleine de nachos au fromage ou de hot-dogs…vraiment écœurant ! Une fois installé, la première déception fait son apparition : Assis à 35 mètres de la scène, on ne risque pas d’y voir grand chose, même si de grands écran géant sont installés derrière la scène pour combler ce manque. Le son est quand à lui relativement médiocre, même si il s’améliorera tout de même un peu au fil des morceaux.

 La salle est à moitié vide quand les lumières s’éteignent pour la première partie : Youth Lagoon. Trevor Powers de son véritable nom, est un jeune américain d’une vingtaine d’année, son premier album The Year Of Hibernation (2011, Fat Possum) avait à sa sortie beaucoup fait parler de lui. Wondrous Bughouse, son deuxième album, vient tout juste de sortir et une fois de plus, la presse est unanime sur le jeune garçon : On a là affaire à un vrai petit génie. N’ayant pas était complètement séduit par les deux disques du musicien, j’assiste à peu dubitatif à sa performance, duquel je ne ressortirai pas plus convaincu. La salle est vraiment inadaptée pour ce genre d’artiste et une petite scène serait un bien meilleur choix pour découvrir le jeune Lagoon.

The National @Barclays Center

Un long changement de plateau plus tard, c’est au tour de Matt Berninger et sa bande d’occuper la (trop) grand scène du Barclay. Difficile pour moi de ne pas ressortir déçu d’un concert comme celui-là. Après les avoir vu jouer sur des scènes bien plus petites et intimistes au fil des années (en commençant par celle du club de La Coopérative de Mai de Clermont-Ferrand), je constate avec un brin d’amertume qu’aux États-Unis, le groupe est particulièrement célèbre. Le stade à moitié vide lors de la première partie est désormais plein à craquer, rempli par plus de 10 000 spectateurs ! Il est toujours très dur de voir son groupe indépendant préféré devenir un peu trop célèbre et populaire à son goût. Passé le petit constat de « fait-chier-mon-groupe-préféré-est-vraiment-trop-populaire ! », je me concentre sur le set des natifs de l’Ohio, qui fait bien évidement la part belle aux nouvelles compositions, près de 10 chansons extraites de ce dernier seront joués ce soir.
Le groupe commence d’emblée par « Don’t Swallow The Cap », deuxième single extrait de leur tout nouveau sixième album, avant d’enchainer sur un désormais indispensable « Bloodbuzz Ohio » puis sur le tendu « Sea of Love ». On sent déjà un Berninger prêt à hurler les derniers vers du morceau « I see you rushing now. Tell me how to reach you » ; tandis que les frères Dessner montre également quelques signes de folies, martelant leurs guitares de riffs bruyants, les Devendorf, à la basse et à la batterie, sont eux bien plus calmes mais sacrément précis, ne laissant rien passer. Bon dieu que c’est bon de voir un groupe aussi carré interpréter son répertoire avec autant de grâce, tout en parvenant à occuper la scène, quelle que soit sa taille.

The National@Barclays Center  The National@Barclays Center

La chanson suivante est selon le leader à la voix de baryton celle que le groupe connaît le mieux : « Sorrow » (il est d’ailleurs étonnant qu’il choisisse de toujours l’inclure dans leur setlist quand on sait qu’il l’a interprété pendant 6h lors d’une performance au MoMA PS1 quelques semaines plus tôt). Certaines nouvelles compositions ont encore du mal à se faire une place dans la setlist, comme la pourtant très belle « Heavenfaced », qui paraît ce soir un peu dispensable ou le mélancolique « I Should I Lived In Salt ». Comme toujours, le quintet atteint des sommets lorsqu’il interprète ses grands classique, « About Today », un des rares titres tirés de la période « avant Alligator » encore joué sur scène et le toujours plus brillant « Fake Empire », durant lequel le stade tout entier se lève pour chanter religieusement les paroles. Tandis qu’Abel fait également figure de vieux de la vieille, « I Need My Girl » apparaît d’emblée comme LA future ballade du groupe, introduite amoureusement par le chanteur comme « un titre sans aucune métaphore, elle parle juste de ma femme qui me manque ». Petite surprise de la soirée, la présence de la magnifique Annie Clark (aka St. Vincent) sur les chœurs d’un sobre mais excellent « This Is The Last Time ».

The National@Barclays Center  The National @Barclays Center

Le premier rappel est composé d’autant de raretés que de nouveautés, mais c’est bien sur « Mr November » qui fait l’unanimité, se terminant sur le petit moment de folie de Berninger sautant dans le public pour hurler le refrain, comme à son habitude. « Terrible Love » fait aussi son petit effet et clôt le rappel. La salle se vide petit à petit lorsque le groupe réapparait, pour la dernière fois, afin d’interpréter en version acoustique « Vanderlyle Crybaby Geeks », laissant aux quelques milliers de spectateurs le soin de chanter avec eux les paroles de cette dernière chanson. Difficile de ne pas être ému par cette dernière prestation même si, encore une fois, elle restera beaucoup bien moins convaincante que dans une petite salle.

Setlist:

Don’t Swallow The Cap
Bloodbuzz Ohio
Mistaken For Strangers
Sea of Love
Sorrow
Demons
Heavenfaced
Afraid of Everyone
Conversation 16
Squalor Victoria
I Need My Girl
This Is The Last Time avec Annie Clark de St. Vincent
Abel
Apartment Story
Pink Rabbits
England
Graceless
About Today
Fake Empire
I Should Have Lived In Salt
Humiliation
Mr November
Terrible Love

Rappel:

Vanderlyle Crybaby Geeks

Photos: Robert Altman ©
Poster: Spike Press ©
Salle: Barclay Center à Brooklyn, NY


Critique de Trouble Will Find Me (2013, 4AD)

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Stéphane Pinguet

Disquaire indépendant aigri mais passionné, amateur de musique, cinéma, littérature et bandes dessinées en tous genres.

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