Odezenne: « Finir sur Nostalgie… »

© Mathieu Nieto

Depuis la sortie de son troisième album, Dolziger Str.2, le succès du trio Odezenne va croissant. Un succès mérité vu le chemin parcouru par les Bordelais. Rencontre avec le bavard Mattia « Merlin » Lucchini, beatmaker/compositeur responsable de la quasi-totalité des instru’ du groupe, quelques heures avant un énième concert « sold out ».
Dans l’esprit des gens, Odezenne est un groupe de Rap français. Ce qui n’est plus vraiment le cas depuis un moment, vous n’avez d’ailleurs pas l’air d’apprécier cette étiquette là. Du coup, comment décririez-vous votre musique?
Au début, ça l’était clairement, une sorte de Rap/Jazz. parce qu’il fallait bien se retrouver quelque part. Maintenant, ça ne l’est plus du tout. Après, tout dépend de ce que tu entends par « Rap ». Personnellement, je n’écoute pas de Rap, je n’aime pas ça et je n’ai jamais eu un disque du genre chez moi. Je faisais du Rock, de l’Electro, de la Pop, du Métal, un peu de tout, mais pas ça.
Du coup, quand Alix (Caillet) est venu il y a 10 ans pour me dire « Ça te dit pas d’essayer de faire des beats? », j’ai écouté des tracks et essayé de refaire des trucs. Après, je pense que dès le début si j’avais essayé de faire du pur Rap, j’étais déjà pas dans l’ton. C’est comme un Anglais qui va se mettre à la Pop, ça va tout de suite mieux sonner qu’un autre gars qui viendrait par exemple du Périgord et qui essaierait de faire ça tu vois? En fait, je ne sais toujours pas comment décrire ce qu’on fait…Pour moi, c’est simplement de la musique indé’. C’est un peu dur de dire autre chose. On a aussi dit qu’on faisait de la musique en français. En fait, tu peux en dire beaucoup, donc, c’est un peu chelou, donc je sais pas. De la fusion peut-être? (Rire)
Vous évoluez de manière totalement indépendante depuis vos débuts, et ça a l’air de fonctionner plutôt bien. Alors, pourquoi cette signature chez Tôt ou Tard ?
Au début, être indépendant, c’était plus une fatalité qu’un choix. Sauf qu’on a passé beaucoup moins de temps à envoyer des disques aux labels que les autres groupes. On a fait ça trois mois et puis on en a eu marre des réponses négatives, donc on s’est dit : “ allez, on va tout faire tout seul ».
Après, au fil du temps, tu t’occupes de tellement de choses que tu deviens un peu esclave de tout ça et t’as plus le temps de faire de la ‘zic. Après le concert à l’Olympia, toute la clique parisienne a essayé de nous signer, labels comme majors et avec Tôt ou Tard, qui est une sorte de « gros indépendant », y’a eu un mega coup d’cœur. Après, il faut savoir qu’on a juste cédé une licence d’exploitation, donc, en gros, ils font la distribution et la comm’. Le truc qu’on ne voulait/pouvait plus faire. Au final, on a juste agrandi l’équipe.
A chaque post sur les réseaux sociaux, c’est un peu tout le temps les mêmes commentaires qui reviennent… Il y a ceux qui idolâtrent tout ce que vous faites, et ceux qui répètent sans arrêt « Odezenne c’était mieux avant ». Qu’est-ce que vous leur répondez?

Ben rien du tout. Parce que déjà, on remarque toujours les mauvais commentaires mais 99% d’entre eux sont positifs. Après, moi, j’ai « perdu » des groupes au fil des années, et ce n’est pas parce que j’ai arrêté de les écouter que j’ai eu envie de leur envoyer une lettre pour leur dire d’la merde ou à quel point j’étais déçu. Parfois ça te touche, d’autres fois un peu moins. Tout dépend dans quel état d’esprit tu es quand tu les lis. Au final, je suis content parce que moi, je préfère Odezenne maintenant !

J’ai l’impression que ces dernières années, vous avez (enfin) réussi à « attirer » l’attention d’un public plus large et d’une presse (pas forcément) spécialisée avec des titres comme « Tu Pu Du Cu » ou « Je Veux Te Baiser »…
En fait, tu ne choisis jamais vraiment ton single. Après, chaque morceau a son histoire. Par exemple pour « Je Veux Te Baiser » c’est un titre que Jacques (Cormary) a écrit pour sa meuf avec qui il est depuis sept ans. Parce que ce soir-là, il avait juste envie de niquer et pas seulement d’un petit câlin. Il a samplé un titre de Mylène Farmer -dont j’ai zappé le nom d’ailleurs- et a enregistré la voix de sa copine sur un micro tout pourri (qu’on a d’ailleurs gardé parce qu’on avait la flemme de la ré-enregistrer).
Dans le passé, il vous est arrivé de vous foutre de la gueule de chanteurs ou rappeurs (notamment sur « Gomez »). Maintenant que le groupe a atteint un « pic de popularité », est-ce que ça vous fait flipper d’être en playlist sur des radios à la con ou en première partie d’artistes sur lequel vous chiez ?
Non. Parce que déjà, les radios sur lesquelles on passe on les choisit et Skyrock ou NRJ n’ont jamais été ne serait-ce qu’évoqués par le label. Sinon, on a eu la chance de ne pas trop faire de premières parties. On a fait Orelsan, deux fois, C2C et c’est à peu près tout. On est vite devenu le groupe avec un public…
Vous avez enregistré Rien puis Dolziger Str. 2 à Berlin. Pourquoi cette destination plutôt que n’importe quelle autre ville?
Ben, parce que déjà, il fallait qu’on parte. Dans tous les lieux qu’on avait occupés, plus rien ne sortait. Du coup, il fallait qu’on se mette en danger. On a hésité entre Prague et Berlin, et finalement, on a opté pour ce second choix. Berlin est une ville qui dégage vraiment quelque chose, tu ressens une sorte de liberté là-bas. Quelque chose de mystique. Quand je me rendais au studio, je ne croisais quasiment personne pendant la demi-heure de marche qui nous séparait de notre appart’, la lumière dans les rues et dans les bars était tamisée…
Vous avez par le passé écrit plusieurs titres qu’on peut qualifier d’engagés ou de politisés, et j’ai l’impression que c’est un peu moins le cas sur Dolziger Str. 2. Êtes vous d’accord ?

Oui…(il réfléchit), là, il y a « Satana », après, si tu réfléchis bien, il n’y en a toujours eu plus ou moins qu’un par disque. Dans Sans.Chantilly (2008, Universeul) il y avait « Petit bout… », dans O.V.N.I. (2011, Universeul) c’était « Dedans » et sur Rien, c’était « Chimpanzé » et « Novembre ». Après, oui, en effet, disons que pour celui-là, l’inspiration de Jacques et Alix ne venait pas vraiment de la société, au contraire même.

Les instru’ de Dolziger Str.2 semblent bien plus électroniques que tout ce que vous avez fait auparavant, d’où vient cette envie, de Berlin ou tout simplement de ce que vous écoutez?

Non je ne pense pas. Enfin ça dépend ce que tu entends par « Electro ». Je dirais que les sonorités le sont oui. L’album a été composé avec tout un tas de vieux claviers des années 70, donc, je dirais plutôt qu’il a plus un son organique.

Sur votre EP live (D. Burkhart) et sur votre live sur La Musicale de Canal +Odezenne comprend des musiciens additionnels, c’est à ça que le groupe va ressembler sur scène désormais ?
Pour l’instant oui. Là, mon frère (Stefano Lucchini) nous a rejoints à la batterie (il était déjà présent pendant l’enregistrement de Rien et Dolziger Str.2). Après, disons qu’on est pas un groupe qui répète pour composer, vu que moi seul compose les instru’ et que Jacques et Alix s’occupent des textes.
Vous avez l’air plutôt soucieux de votre identité visuelle, vous bossez d’ailleurs souvent avec les mêmes personnes pour vos clips. Comment ça se passe à ce niveau, vous laissez le réalisateur complètement libre ou vous faites ça tous ensemble ?
Ça dépend…Ça peut partir dans plein de directions différentes. On a eu la chance de rencontrer des types vraiment intéressants avec qui on bosse depuis des années. Ce sont devenus des amis et donc, on leur fait jamais de commande, ça vient spontanément.
Vous pouvez m’en dire plus sur cette énigmatique pochette pixelisée?
On a bossé avec un artiste contemporain français qui s’appelle Edouard Nardon avec qui on avait déjà bossé sur O.V.N.I. et qui a beaucoup aimé notre nouvel album, du coup, il a voulu retravailler avec nous. Après, c’est son idée le truc pixelisé. Tout comme le thème de l’effraction (le losange figurant sur la pochette signifie, dans le langage des cambrioleurs « maison inoccupée »).
Rien à voir avec le groupe mais…êtes vous personnellement des consommateurs de musique et si oui, sous quel format?

Ouais carrément. Personnellement, je ne suis pas vraiment sur la nouveauté, Alix un peu plus. On écoute tous de la musique mais des choses différentes. En tournée par exemple, on écoute plutôt Nostalgie, en se disant qu’un jour on y sera p’tètre (Rire) !

Photo en tête d’article: © Mathieu Nieto

Odezenne au Le Temps Machine par Maxime Hillairaud
Odezenne capté par Maxime Hillairaud
L’attachée de presse m’avait prévenu, on aura droit à 25 minutes d’interview et pas une de plus. Quelques questions resteront malheureusement sans réponse, mais aucun regret, car la suite se passera sur la scène d’une Coopérative de Mai pleine à craquer et en pleine forme. Le public, dont une bonne partie est étonnamment jeune (Odezenne serait-il le groupe à la mode?) est à fond dès les premiers titres. L’intégralité de Rien et Dolziger Str.2 seront joués ce soir, mais leur premiers albums n’en seront pas pour autant oubliés, on se rend d’ailleurs compte que ce sont souvent leur vieux (et plus gros) tubes qui fonctionnent le mieux (« Chewing-Gum », « Saxophone » ou « Méli-Mélo »). Les deux emcees et le beatmaker sont définitivement taillés pour la scène et savent exactement comment mettre l’assistance dans leur poche avec un set intelligemment calibré alternant entre Hip-Hop, Ballades Electro et ambiances clubbing, pendant lesquelles il étire ses titres durant de longues minutes. La soirée se termine et le groupe flâne dans La Coopé’, discutant volontiers avec un public conquis. Ce soir, on peut dire qu’Odezenne nous a tous bien baisé!

Critique de l’album Dolziger Str. 2 (Tôt ou Tard/Universeul)
Dolziger Str. 2






Stéphane Pinguet

Disquaire indépendant aigri mais passionné, amateur de musique, cinéma, littérature et bandes dessinées en tous genres.

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