Okkervil River « Away »

Away
Il n’a pas été aisé de faire un choix dans une rentrée musicale pleine de promesses. Toutefois, afin de ne pas me perdre dans le dédale des sorties, je me suis astreint à privilégier le genre Folk dans son acceptation la plus multiple et diverse qui dépasse de beaucoup son sens étymologique le plus strict depuis nombre d’années. Le choix a été bien entendu subjectif, mais non sans fondement. En effet, quelle musique pouvait le mieux s’accommoder des premiers frimas de l’hiver et ses soubresauts climatiques? Quoi de mieux qu’un bon album de Folk pour se réchauffer les mains et l’âme auprès d’un âtre de feu. De ce fait, je me suis assez longtemps interrogé sur lequel de ces opus je jetterai mon dévolu entre le dernier de Lambchop; Hope Sandoval et de Okkervil River sans idées arrêtées mais avec les oreilles grandes ouvertes.

S’il est vrai que je suis fan de Hope Sandoval and the Warm Inventions ainsi que de Mazzy Star depuis les débuts, je ne suis pas moins amateur du travail que Kurt Wagner accompli avec Lambchop d’album en album tel un artisan méticuleux avec chacun de ses ouvrages. Avec Okkervil River, c’est différent. Entre eux et moi, ce serait plutôt une relation plus tumultueuse allant de la passion à la déception et même parfois à l’indifférence. J’aime ce groupe dans ses fulgurances qui, lorsqu’elles sont maîtrisées peuvent engendrer les plus jolies chansons, mais qui pêche aussi malencontreusement par excès lorsque les musiciens n’arrivent plus à trouver le juste équilibre entre chaque élément et versent dans un apitoiement complaisant ou des envolées emphatiques un peu étouffantes par manque de simplicité. Ainsi, pour trois albums formidables, Don’t Fall in Love With Everyone You See, The Stage Names et l’indispensable Black Sheep Boy (2002, 2007 & 2005, Jagjaguwar), on en compte trois plus embarrassants pour Okkervil River, tel que The Stand Ins, I Am Very Far et le Silver Gymnasium (2008, 2013 & 2011, Jagjaguwar et ATO Records) où on retrouve amoindrie la singularité de ce folk panoramique ou alors de manière bien trop épisodique.
Après le dernier Mazzy Star d’une qualité inespérée ; ce nouvel album de la jolie boudeuse souffre bien trop de la comparaison bien que les mêmes éléments soient présents et les chansons aussi, mais l’alchimie pourtant semble inefficace ou plutôt moins ensorcelante?
Cela dit, le temps fera peut-être son œuvre et je réévaluerai mon opinion. Le dernier né de Lambchop m’a lui laissé perplexe par le parti pris de la production pour le moins déroutante et peu heureuse dans ses choix. Quelle idée de mettre des sons synthétiques un peu partout et de réfrigérer à coup d’effets la voix si chaleureuse de Kurt Wagner transformant ainsi une humble mais si accueillante demeure faîte de bois et d’amour par un igloo bien trop clinquant pour donner envie d’y séjourner!

Après plusieurs écoutes attentives j’ai décidé de vous parler de Away d’Okkervil River précisément pour les raisons inverses qui m’ont fait écarter les deux autres artistes. Le nouveau Okkervil River est remarquable car empli de mélodies mémorables ; la production épouse généreusement chaque titre avec justesse et équilibre en ornementant les chansons avec a propos évitant soigneusement toute emphase en gommant certains tics qui siéent bien mal à l’écriture exigeante du maître des lieux , sans pour autant se passer d’une grande diversité instrumentale inédite jusqu’alors dans une discographie déjà riche. Le groupe évite avec aisance le piège de la surenchère rédhibitoire à coup de chansons exemplaires comme « Okkervil River R.I.P » à la tristesse immense mais qui sait retrouver l’espoir, portée qu’elle est par un songwriter au courage et à la foi inébranlable; et se terminer dans un clair obscur du meilleur effet. Will Sheff emprunte les chemins forestiers empruntés en d’autre temps par Arthur Lee ou Michael Head et ses Strands (« Call Yourself Rennee » et « Juddey on a Street »). Aux premières notes de « She Would Look For Me » on écrase une larme au son de la flûte traversière qui porte en elle les restes d’automne en virevoltant autour de la guitare puis part papillonner au milieu des cordes, des pianos et des orgues pour un mariage des plus réussi. Le Sheff (d’orchestre) se permet même d’aller décrocher des prix remportés par Arcade Fire du temps de leur superbe avec un « Frontman in Heaven » à l’intensité fiévreuse et aux envolées vertigineuses ou avec « The Industry » titiller Stuart Murdoch sur son terrain et remporter la victoire au concours de la mélodie radieuse.

Okkervil River a retrouvé une inspiration qui lui faisait défaut depuis quelques temps et renoue avec l’excellence d’un certain passé. il ne nous rassure pas mais, au contraire, va au delà. Il nous démontre une jeunesse retrouvée portant en elle la mémoire des acquis mais sachant également être aventureuse tout en gardant le respect des aînés. La palette des émotions s’en trouve par là plus riche car plus variée grâce en particulier à l’instrumentation d’une extrême justesse ou nulle indigestion ne guette.

Okkervil River Away ATO Records/Pias France
Site web d’Okkervil River, d’ATO et de Pias.

TRACKLIST:

Side A

Okkervil River R.I.P.
Call Yourself Renee
The Industry

Side B

Comes Indiana Through the Smoke
Judey on a Street
She Would Look for Me

Side C

Mary on a Wave
Frontman in Heaven
Days Spent Floating (in the Halfbetween)

Side D

Away



Album également en écoute sur Spotify par ici.







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