Scuba Drivers « Scuba Drivers »

Scuba Drivers

Au Pays de l’Homme, dans le Périgord Blanc, les Pretty Boys muent en Scuba Drivers en 1986 au changement de chanteur. La nouvelle tribu est alors composée de François Berry au chant et à la guitare, Didier Feydri à la batterie, Philippe Feydri à la basse, Emmanuel Pastel à la guitare et Alain Feydri à l’intendance. Leurs influences vont des Flamin’ Groovies aux Real Kids et des Kinks aux Barracudas en passant par le MC5 et Radio Birdman.

Scuba Drivers, nom sans signification particulière inspiré par un titre d’album de Dwight Twilley, Scuba Divers (EMI, 1982), et la chanson “Scuba Scuba” (1980) des Revillos. Le groupe donne son premier concert en compagnie des Suédois des Shoutless, au Must à Périgueux, le dimanche 9 novembre 1987. Le premier d’une longue série qui les verra sillonner la France, l’Espagne, la Suisse et la Belgique et qui aurait dû les mener en Italie, en Allemagne et en Finlande si le groupe n’avait cessé ses activités en 1989. 150 concerts en deux ans, aujourd’hui, ça laisse rêveur… Preuve de l’activisme et de la solidarité du tissu associatif composant le réseau underground à une époque où la conjoncture était certes plus favorable et la législation moins contraignante. Preuve également qu’il existait un public rock “bien élevé”. Les générations se suivent et ne se ressemblent pas… Le quatuor partageait la scène avec Les Thugs, Fixed Up, Shifters, City Kids, Parabellum, Chameleon’s Day, Les Sheriff, Maniacs, Satellites, Thompson Rollets, Died Pretty, Doughboys ou les légendaires Pretty Things
Les Scuba Drivers ont eu une existence relativement brève comme le voulait l’usage à cette période. Étonnant vu l’empreinte qu’ils laissent à la postérité. Empreinte constituée d’extraordinaires témoignages discographiques et de concerts mémorables. L’intégrale en atteste avec quelques “live” brillants jusque-là inédits. Un disque anthologique en conclusion d’une bien jolie histoire trop vite court-circuitée !

Rapidement après leur formation, les Scuba Drivers enregistrèrent le premier 45 tours (Spliff Records, 1987), au Chalet à Bordeaux, à l’automne 87, avec l’indéboulonnable Jean-Marc Sigrist à la console, Zahardin Zara Boukortt (chanteur des Shifters) et Kid Pharaon à la production… Générique hollywoodien pour combinaison gagnante !
Zara pose une délicate touche de piano sur le chevaleresque “I Don’t Need Spell” entrainé par une batterie locomotive, une basse aguicheuse, des guitares d’acier et la voix envoutante de François Berry placée à hauteur des Roy Loney (Flamin Groovies), Peter Case (Plimsouls) et John Felice (Real Kids), face A d’un extraordinaire single qui inclut une chanson bodybuildée en tenue de soirée de l’autre côté, “The Useless Runaway”. La machine est lancée. Les Scuba Drivers mettent également en boite “Distress Town” avec la même formation, dans le même studio, mais cette fois avec Stéphane Saunier à la production. La chanson se retrouve sur la compilation An Emotional Beat In a World of Fury (Gougnaf Mouvement, 1988), ouvrage inspiré par Alain Feydri justement. Ben tiens ! Ils en profitent pour engranger bien avant tout le monde une version sous haute-tension de “Sweet Nothing” empruntée au Sonic’s Rendez Vous Band, chanson qui leur va bien au teint et qui côtoie d’autres grenades quadrillées dégoupillées par la crème de la scène rock française du moment sur la compilation Eyes On You (Closer, 1987). Avec ces quatre boules de cuir, les Scuba Drivers appliquent un rock reptilien et félin, nerveux et léger à fois grâce à cette voix caractéristique et des lignes de basse aérées et pudiques au point de laisser place aux silences. Philippe Feydri est le bassiste français le plus inspiré du moment avec Benoit Demaria des Chameleon’s Day. Des mélodistes et des harmonistes hors-norme. Tout en retenue et en délicatesse. En bon gaucher avec sa Fender tournée à l’envers, Philippe pourrait en remontrer à Paul McCartney

L’été 1988, Patrice Poulvet remplace Manu Pastel à la guitare pour un jeu tout en subtilité et en tronçonnage avec la complicité de la six-cordes de François Berry. Le groupe s’enferme au Studio System à Château Lévesque, avec JP Trombert pour enregistrer la rocailleuse “Way Too Long” tempérée par des chœurs de velours, chanson qui apparaît sur la compilation La chair humaine ne vaut pas cher (1989), première référence du label Go Get Organized, et la reprise des Boys, “First Time”, prodigieuse version destinée au 45 tours accompagnant la Face N du fanzine Abus Dangereux (1990).

Il est temps de franchir une étape, celle de l’album. Mini en l’occurrence. Les jours en studio sont comptés, en francs, tout nouveaux soient-ils… Retour au Chalet à Bordeaux en mars 89, avec, à la console, Jean-Marc Sigrist et son assistant Jean-Paul Roy qui deviendra le bassiste de Noir Désir en 1996, puis le guitariste des Hyènes. La production est toujours assurée par Zahardin Boukortt, comme pour le 45. Seul Kid Pharaon manque à l’appel. Pascal Tintin Dufour illustre la pochette de Welcome To Hard Times (Spliff Records, 1989). Christian Bacelli (Flying Badgers) qui a été des Scuba Drivers le temps passé à cinq, joue de la guitare sur deux titres. Philibert Bertin (Thompson Rollets) en pose une également sur un morceau. Des histoires de famille tout ça ! Les titres des chansons et du disque dénotent un état d’esprit un rien désenchanté, ce qui ne transparait pas dans la musique. Si le ton est un peu désabusé, l’ambiance est quant à elle enlevée, presqu’enjouée à défaut d’être joyeuse. Les Scuba Drivers chantent en anglais, d’instinct. C’est inscrit dans leurs gènes. Ils se revendiquent volontiers comme descendants des Dogs de Rouen. Les six piles électriques de Welcome To Hard Times génèrent plus d’harmonies et de mélodies que le parc nucléaire français ne produit d’énergie annuellement. Pour trouver l’équivalent en kilojoules, il faut se brancher en prise directe sur les Nerves, Plimsouls, Real Kids ou Paul Collins Beat. Après l’excitée et excitante “Ol’ Teenage Boredom”, suit la redoutable “As Always” qui applique le théorème de la torgnole de maçon dans un gant de velours, équation confirmée par le tube “All Around” ! Un tube ? Que dis-je ! Un hymne. L’architecture du morceau est monumentale. Sa dramaturgie, une guitare enclume, l’autre en dentelle, sa rythmique ferroviaire, sa mélodie, la voix — et quelle voix —, le break, les chœurs… Stop ! Cette chanson me rend maboule ! “All Around” résume le phénomène de la pesanteur et de la physique quantique en trois accords et deux tonnes d’amour. “Under Compulsion” emmanche la face B — toujours à la vitesse de 45 tours par minute — tel un sprinter australien parcourant le bush, avant l’arrivée de “Heaven or Paradise ?” qui oscille entre Sydney et Detroit. “(Don’t Answer) The Call-Up !” conclut en ouvrant un vaste panorama qui augure un avenir prometteur et aventureux. Welcome To The Hard Times aurait pu finalement s’appeler Welcome To Paradise ! S’ils m’avaient demandé…
A l’occasion du festival Rock au Maximum à Clermont-Ferrand, le 20 mai 1988, le sonorisateur attitré du groupe, Marco Dutheil, enregistre le concert dont est tiré “Gonna Be Late” des Australiens des Hitmen qui ira sur la K7 Nuit Noire du fanzine Rock Hardi. Petit flashback avec Emmanuel Pastel à la guitare pour une “I Don’t Know” enregistrée l’hiver 87 et qui sera hébergée par la compilation Eyes On You Volume 2 (Closer Records, 2014) en compagnie d’autres cartouches tirées par les “vétérans” pour accompagner la génération montante.

L’anthologie se poursuit avec des morceaux live enregistrés à Bourges et à Nancy dont une reprise des Gorillas, “Liar”, au moment où le groupe est à son meilleur, où il donne sa pleine mesure, où il maitrise son jeu, à cette période magique où les Scuba Drivers étaient prêts à gravir un échelon en terme de notoriété et puis, plus rien, rideau…

Il reste les souvenirs qui s’effilochent avec le temps et ce prodigieux témoignage d’un des groupes français les plus sexy de son époque. Je les ai aimés, je les aime, je les aimerai longtemps, toujours, again and again and again and again and again…

Scuba Drivers Scuba Drivers Nineteen Records
Site web de Nineteen.

TRACKLIST:

I Don’t Need Spell
The Useless Runaway
Distress Town
Way Too Long
First Time
Ol’ Teenage Boredom
As Always
All Around
Uunder Compulsion
Heaven Or Paradise
Don’t Answer The Call-Up
Sweet Nothing
Gonna Be Late
I Don’t Know
Liar (live)
Real Bad Taste (live)
Turbid Times (live)
Good Resolution (live)
Waitin’ For The Enemy (live)



Également en écoute intégrale sur Bandcamp et Spotify.

Patrick Foulhoux

Ancien directeur artistique de Spliff Records, Pyromane Records, activiste notoire, fauteur de troubles patenté, journaliste rock au sang chaud, spécialisé dans les styles réputés “hors normes” pour de nombreux magazines (Rolling Stone, Punk Rawk, Violence, Dig It, Kérosène, Abus Dangereux, Rock Sound…), Patrick Foulhoux est un drôle de zèbre.

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