Destination Lonely « Nervous Breakdown »

Quatrième uppercut déclenché par le trio toulousain, un gauche – droite à mettre KO un haltérophile bulgare sous stéroïdes chargés en fuzz et en whawha. Destination Lonely installe avec Nervous Breakdown un va-et-vient entre Stooges et Cheater Slicks ambiance crampsienne pour un disque en courant continu.

Dans sa superbe livrée blanche et noire, Nervous Breakdown est un double album étonnant. Tout d’abord, cette pochette avec un intérieur d’une surprenante sobriété et ces deux vinyles d’une blancheur écarlate sont de toute beauté. Un format exceptionnel pour accueillir 17 titres. Le vinyle annonce sur la pochette une face B à 5 titres puisque “Day By Day” et “Blind Man” sont toutes deux numérotées 2. La relecture avant le BAT a dû être vite faite.
Après le stoogien “Lovin’” en introduction, le trio reprend “I Want You” des Troggs dans une version respectueuse des conventions avant une reprise plus surprenante de “Ann” des Stooges. La première face se finit par un morceau co-écrit avec Stefano Isaia, le chanteur de Movie Star Junkies qui se charge de le chanter tant qu’il est là. La face B débute par le “Nervous Breakdown” qui donne le titre à l’album, une déflagration psychosonique stoogienne avec une fuzz de mammouth à exhumer les hordes de narvalos qui hantaient le label texan Trance Syndicate. Y’a longtemps qu’on n’avait pas assisté à une largeur et une profondeur de coupe pareille. Les DL poursuivent ainsi, en alternant tumulte et calme avec une fuzz tronçonneuse sur une réverbe abyssale entrecoupée d’accalmies pour permettre aux éléments de se régénérer et de reprendre de l’intensité avant de se déchainer à nouveau. La “Blind Man” en milieu de Face B est symptomatique de l’ambiance du disque. On retrouve le trio à couvert après une coupure d’électricité avec l’orage qui gronde au loin et l’eau qui ruisselle dans le caniveau.
En passant au français pour “Je m’en vais”, le trio pourrait hanter les ondes radiophoniques avec cette déclaration de rupture. Morceau qui arrive en milieu d’album, comme pour annoncer un basculement, un saut vers l’inconnu, ce qui n’est évidemment pas le cas. “Je m’en vais” est là en guise d’acmé du tableau, pour en accentuer sa dramaturgie d’autant qu’en suivant, vient le tour de “Sentier mental”, un instrumental jungle exotica marabouté par le sax de Fred Rollercoaster de Weird Omen, King Khan et Head On et une guitare machette à te faire la bande maillot façon réducteurs de têtes. Le manifeste Cannibal Holocaust version rock’n’roll ! Arrivé là, au regard du chemin parcouru, on se dit qu’on a traversé sans dommages cette jungle pleine de serpents venimeux, de félins affamés et d’une luxuriante végétation produisant des fruits provoquant des troubles de la vue, de l’odorat et du sommeil.
La randonnée psychosonique est pourtant loin d’être terminée. Avec “Schizo MF”, Destination Lonely nous emmène sur un sentier sur lequel on ne risque pas de se faire sauter dessus par une bête sauvage tapie derrière un bosquet de fuzz. Un titre façon Jon Spencer Blues Explosion. “In That Time” renoue avec Cheater Slicks pour poursuivre dans la galaxie sonico-crampsienne. Sur “Trouble”, un brûlot blues explosif, c’est Arthur Larregle de J.C. Satàn qui prend le micro pour adoucir les mœurs, si tant est qu’à ce stade du carnage, il y ait encore quelque chose ou quelqu’un à sauver. “Cry” est quant à elle un peu plus apaisée, à défaut d’être calme et reposante, un vrai tube qui, grâce à sa mélodie et sa tresse vocale, renvoie à des références plus domestiques.
Malgré la longueur du disque, jamais le groupe ne se relâche ou n’a de coup de mou. Il reste tendu comme un jeu de Ernie Ball Beefy Slinky sur une Les Paul de bucheron canadien. Et on n’est pas au bout de nos surprises. Lo Spider a mis deux ans pour enregistrer ce disque dans son propre studio, on imagine qu’ils n’ont gardé que les meilleurs morceaux. Après “Cry”, “Electric Eel” porte bien son nom, t’as l’impression de faire une séance d’UV sous un fer à souder. Jolie façon également de rendre hommage au mythique groupe de Cleveland.
La dernière face, celle des bonus, accueille un “big band” pour une version de “Nervous Breakdown” de presque un quart d’heure qui sonne comme la collusion entre Dum Dum Boys et Jesus & Mary Chain pour asservir Spaceman 3, le tout dans une centrifugeuse à 7000 trs/mn sous un orage glacial. Inutile de prendre des psilos, ils sont livrés avec la musique. Pour clore ce monument de rock psychosonic, Destination Lonely livre un “elektro shit remix” de “Schizo MF” que les Dum Dum Boys ne manqueront pas de réinitialiser dans leur laboratoire de recherches. Ce nouvel album de Destination Lonely est un des monuments de ce début 2020.

Destination Lonely Nervous Breakdown Voodoo Rhythm Records

Face A

Lovin’
I Want You
Ann
Out Of Your Head
Follia

Face B

Nervous Breakdown
Day By Day
Blind Man
Je m’en vais
Sentier mental
Schizo MF

Face C

In That Time
Trouble
Cry
Electric Eel

Face D

Nervous Breakdown (Big band)
Schizo MF (Elektro shit remix)



Album également dispo’ sur Bandcamp & Spotify,
mais aussi et surtout, chez tous les bons disquaires indé’ !


Patrick Foulhoux

Ancien directeur artistique de Spliff Records, Pyromane Records, activiste notoire, fauteur de troubles patenté, journaliste rock au sang chaud, spécialisé dans les styles réputés “hors normes” pour de nombreux magazines (Rolling Stone, Punk Rawk, Violence, Dig It, Kérosène, Abus Dangereux, Rock Sound…), Patrick Foulhoux est un drôle de zèbre.

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