The National « I Am Easy to Find »

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Celui-là, on ne l’a pas vu venir ! Alors que leur précédent album Sleep Well Beast est sorti il y a à peine un an et demi (et n’est toujours pas sorti de nos têtes) voilà que The National prend tout le monde de court avec un huitième LP : le conceptuel I Am Easy to Find.

Pourquoi conceptuel ? Parce que le disque est le fruit d’une collaboration puis d’une histoire commune. Celle du quintet avec le cinéaste californien Mike Mills, qui souhaitait à l’origine travailler sur un simple clip. Il a finalement écrit et réalisé le court métrage I Am Easy to Find qui accompagne l’album et sur lequel il officie également en tant que producteur. Le disque n’est pas vraiment la bande son du film et le film n’est pas non plus une simple mise en images de l’album ; Les deux œuvres ont été crées séparément tout en s’influençant l’une l’autre, elles sont complémentaires mais peuvent s’apprécier indépendamment.

Mais revenons au disque. Depuis quelques années déjà, le quintet de l’Ohio s’efforce d’éviter l’ennui et la répétition avec plus ou moins de succès. Sleep Well Beast, contrairement à Trouble Will Find Me (2013, 4AD) allait dans ce sens et remplissait sa mission en emmenant le groupe sur des terrains inconnus. IAETF est pour sa part moins « expérimental » mais bien plus exigeant que son prédécesseur. Non pas qu’il faille BAC +7 pour l’apprécier, mais on sent que la présence de Mike Mills les a justement poussés à se mettre en danger.
Pour commencer, le chant, d’ordinaire interprété par Matt Berninger seul, célèbre pour sa voix de baryton. Il met en quelque sorte ici son ego de coté, lâche son job de lead singer à temps plein pour céder partiellement sa place à plusieurs voix féminines. On retrouve ainsi une pléiade de chanteuses plus ou moins connues, de l’ancienne collaboratrice du Thin White Duke Gail Ann Dorsey à Sharon Van Etten, Pauline de Lassus aka Mina Tindle, Kate Stables de This is the Kit, Lisa Hannigan ou Eve Owens sans oublier Carin Besser, épouse de Berninger, qui, à défaut de chanter, coécrit une fois de plus une partie des textes avec son mari. Difficile d’imaginer un morceau des National sans l’omniprésence de son charismatique chanteur, et pourtant, c’est ce qui donne une vraie bouffée d’air à ces nouvelles chansons, qui apparaissent moins solennelles et beaucoup plus lumineuses.
Le second « bouleversement » (en tout cas pour les fans, les autres penseront que les National font encore et toujours la même chose) réside dans les arrangements des chansons. Plus complexes que d’habitude, ils fourmillent de détails (il est d’ailleurs recommandé de l’écouter au casque pour en saisir chaque nuance), très loin des premiers disques du groupe. Oubliez l’Indie Rock plus brutal façon Alligator (2005, Beggars Banquet) car si c’est ce que vous attendez, vous risqueriez d’être déçu. Excepté sur une poignée de titres, les guitares sont la plupart du temps en retrait au profit des claviers et de cordes. Moins tendu, fougueux et certainement beaucoup moins politique aussi, IAETOF est un album plus romantique mais aussi plus dense, de superbes orchestrations subliment l’ensemble et l’on sent clairement que Bryce Dessner -qui partage sa carrière entre musique classique et rock indé- y est pour quelque chose. Si le disque est en grande partie captivant, sa durée de plus d’une heure, un peu déroutante, en fait l’album le plus long du groupe. Les interludes, sortes de chant d’église -interprété par le Brooklyn Youth Chorus– donnent un peu d’espace à l’ensemble et sont généralement justifiés (bien qu’un peu longs), mais l’on peut tout de même faire la fine bouche lorsque le quintet tombe dans la facilité, notamment sur des titres plus classiques (mais néanmoins sublimes, il faut bien le reconnaitre) « Hairpin Turns », « Quiet Light » et « Light Years ». Oui ça marche terriblement, mais ça sent un peu le déjà vu chez vous les gars !

Malgré un succès modéré en France, les National ne cessent de gagner en popularité outre-Atlantique enchainant la tête des ventes et, pourtant, ne cèdent toujours pas à la facilité. I Am Easy to Find, huitième album plein de grâce en est une nouvelle preuve. Il s’agit là d’un disque moins brut, extrêmement riche et encore plus ambitieux que ses prédécesseurs qui demande un peu de réflexion et surtout beaucoup d’attention. Définitivement pas le genre de musique que l’on est habitué à écouter dans un stade, et pourtant…

The National I Am Easy to Find 4AD/Beggars France

TRACKLIST :

Side A

You Had Your Soul With You
Quiet Light
Roman Holiday
Oblivions

Side B

The Pull Of You
Hey Rosey
I Am Easy To Find
Her Father In The Pool

Side C

Where Is Her Head
Not In Kansas
So Far So Fast
Dust Swirls In Strange Light

Side D

Hairpin Turns
Rylan
Underwater
Light Years

Side E

I Am Easy To Find (Original Film Score)



Egalement disponible sur iTunes, Qobuz, Spotify & Tidal,
mais aussi et surtout, chez tous les bons disquaires indé’ !




Critique de l’album Sleep Well Beast (2017, 4AD)
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Compte-rendu des concerts de The National donnés les 15 & 16 avril 2019
au Café de la Danse et à l’Olympia de Paris (Live Nation)

Stéphane Pinguet

Disquaire indépendant aigri mais passionné, amateur de musique, cinéma, littérature et bandes dessinées en tous genres.

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