This is not a Love Song 2019 : L’Indie festival à son plus haut niveau !

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Alors que partout en France, les festivals perdent chaque année un peu plus de leur identité (merci AEG & Live Nation), This Is Not A Love Song continue lui de s’affirmer tout en gagnant en popularité, pour le plus grand bonheur des amateurs de musique indé’. En misant sur l’indépendance, ce cher TINALS se démarque de la concurrence. Sa septième édition en est la confirmation, le festival est désormais l’une des références du genre, marchant même sur les plates-bandes de la mythique Route du Rock de St Malo.

Sur le site nîmois, au abord de la SMAC Paloma, on se sent comme à la maison. Pas de kilomètres à parcourir pour atteindre d’immenses scènes portant le nom de marque de prêt à porter ou de boisson (alcoolisée ou énergisante) ou pas non plus d’horribles écrans géants pour mater des concerts « comme dans un stade ». Non, il n’y a rien de tout ça ici, juste une programmation pointue mais pas trop, à l’écoute du spectateur qui vise chaque année plus juste et qui, surtout, se démarque des gros festivals hexagonaux. Mais revenons au principal. Première journée de festival donc : Le soleil et la chaleur sont de la partie et le prétexte est idéal pour débuter avec une bonne pinte fraîche à la main. On se laisse porter vers la scène Flamingo pour découvrir Wallows, jeune formation en grande partie reconnue grâce à son chanteur, célèbre pour son rôle dans la série 13th Reasons Why. Malheureusement ni l’alcool ni le soleil ne parviendront à nous faire oublier une prestation relativement médiocre faisant penser à la première répèt’ des Strokes. Leur premier album s’appelle Nothing Happens. et oui, en effet, rien ne se passe… Tâchons d’oublier ce faux départ en retournant sur scène Mosquito auprès de The Nude Party. Le nom sent la connerie, et les six gars qui composent le groupe ont l’air de beaux crétins, par contre, sur scène, l’histoire est complètement différente de celle des Wallows. Certes, rien de très innovant, juste un bon Rock ‘n’ Roll aux accents Bluesy joué avec classe, maitrise et beaucoup de fun. Voilà de quoi provoquer d’emblée l’euphorie dans la fosse. Après quelques allers/retours entre le bar et la scène, on se dirige vers la grande scène (la salle principale de Paloma) pour rejoindre Aldous Harding. Si le talent et la classe de la chanteuse/compositrice néo-zélandaise n’est plus à démontrer (ou même à mettre en doute), on a ce soir un peu de mal à rentrer dans cette Folk fragile et mélancolique. Honte sur nous, mais l’envie de guitare(s) et de bruit est plus forte, on file au club pour Black Midi

Steve Albini et son rouleau compresseur : Shellac

Ce n’est pas une surprise cette fois, car vu l’engouement de la presse autour du quatuor anglais ces derniers mois (sans n’avoir rien sorti !), on savait qu’il se passait quelque chose avec eux. La prestation du jeune groupe londonien, entre Post-Punk et Math-Rock est en effet assez impressionnante, mention spéciale à leur batteur Morgan Simpson. Le club où se produit Black Midi étant relativement difficile d’accès (ce qui a le mérite d’entretenir le « buzz »), on retourne près de la scène Mosquito pour Men I Trust qui se produit devant un public amoureux. Nouvelle déception en ce qui nous concerne. Car si sur disque, le groupe montréalais a tout pour plaire,  leur prestation scénique n’apporte pas grand chose. Même le charme indéniable de sa chanteuse Emma Proulx, dont la voix rappelle par moments celle de Hope Sandoval, ne nous sauvera pas de l’ennui… Dommage. Quelque part entre la file d’attente d’un burger tant attendu et d’une boisson houblonnée (voire des deux), on se prépare à l’ouragan Shellac.  Obligé donc de passer devant la scène Flamingo sur laquelle les deux fermiers rockers d’Inspector Cluzo foutent un beau bordel. « Beau », parce qu’il faut reconnaitre que ces deux là savent y faire, « bordel » parce c’est quand même pas franchement bien fou cette histoire. Peut-être est-on simplement bloqué par le style que tente de se donner le duo sur scène (franchement ce « alright motherfuckers » était-il bien nécessaire ? Surtout quand on est originaire de Mont-de-Marsan et qu’on se produit devant un public majoritairement français…). Bref, retour à Paloma pour admirer Steve Albini, Bob Weston et Todd Trainer, parce que là, franchement, c’est de l’admiration qu’on a pour ces mecs là. A l’opposé du groupe poseur, le trio en impose sacrément ! On pourrait les voir encore dix fois jouer l’exact même set qu’on prendrait toujours sa claque. On l’a déjà dit sur Slow Show mais Shellac, c’est définitivement le genre de groupe qu’il faut (au moins) voir une fois dans sa vie, qu’importe le style de musique que l’on écoute. La branlée assurée quoi.

Kurt Vile : la classe, sans forcer

La frustration s’installe lorsque l’on constate que l’on devra jongler entre Shellac, le charismatique Ron Gallo puis Kurt Vile, les Messthetics et Built to SpillCa commence à faire beaucoup là non ? Ouais bon, il faut bien qu’on trouve quelque chose à redire au TINALS… Gallo et son groupe, Power-Trio particulièrement efficace fait plutôt bien le job, a de l’énergie, de l’humour (cf leur reprise du générique de Friends !) mais, malheureusement, il n’y a rien à faire, on est déçu. Peut-être attendions-nous trop au vu de leur session chez Audiotree ou de la claque qu’était l’album Heavy Meta (2016, New West Records) ou peut-être manque-il l’étincelle qui fait toute la différence, toujours est-il que l’on est un brin attristé de ne pas prendre la claque attendue. Vile et ses Violators de leur côté sont bons sous tout rapport. Le set du songwriter de Philadelphie frôle la perfection, au point que l’on se demande à quoi il ressemblerait s’il se donnait les moyens de vraiment s’appliquer, car Kurt Vile, c’est franchement le genre de mec qui est brillant, mais sans forcer quoi. Souriant, content d’être là, mais un peu mou, trainant des pieds pour monter sur scène. On s’échappe précipitamment pour assister à l’un des gourous de l’Indie Rock : Doug Martsch et son groupe Built to SpillLe rockeur bedonnant à la calvitie plus qu’installée (seul membre constant de BtS) jouera en compagnie de son groupe le mythique Keep It Like A Secret, sorti il y a 20 ans ! En voyant Martsch jouer, on pense d’emblée à J. Mascis. Car ces deux là, tous deux guitaristes émérites et légendes vivantes de l’Indie Rock bruitiste, partagent cette impression qu’ils se foutent complètement de leur public ou de leur concert. Martsch échange moins de 10 mots avec l’audience, préférant se concentrer sur ses pédales d’effets, sa guitare et son chant (toujours aussi divin). Les fans jubilent, les non initiés fuient (littéralement, la salle se vide au fil des minutes), tant pis pour eux !

Doug « Monsieur Charisme » Martsch de Built to Spill.

Le gros fail de la soirée nous revient pour ces deux derniers sets que l’on ne saura apprécier. Le premier, c’est celui de Caroline Rose qu’on va bêtement rater sans aucune raison particulière (la fatigue, ou peut-être l’alcool sont à blâmer dans ce genre de situation), on est pourtant bien fan de son album Loner et des prestations scéniques trouvées sur YouTube. Shame on us ! Et le second (fail, si t’as suivi) c’est Fat White Family. Là -et c’est peut-être la faute de l’engouement quasi-unanime suscité par la presse musicale- on est vraiment déçu. On peut même dire qu’on se fait clairement chier ! Mais vraiment. C’est con, car on avait adoré Songs for Our Mothers, beaucoup moins leur petit nouveau (Serfs Up). On utilise donc notre joker pour ce dernier concert qu’on quitte rapidement… Pour cette deuxième journée de festival, la canicule est toujours au rendez-vous. Assoiffés, on cède une fois de plus à la tentation. On rate Poutre (programmé beaucoup trop tôt), notre arrivée sur le site se fait avec Lou Doillon en bande-son. Pas complètement honteux, mais surpris de voir l’actrice plutôt grand public figurer à l’affiche du TINALS… Bref, on se croirait au mieux dans l’une des moins pires émissions de Taratata, sans grand intérêt donc. L’après-midi se termine à peine quand Big Thief s’empare de la scène Mosquito, et là, c’est la claque !

La bouleversante Adrianne Lenker à la tête du quatuor Big Thief.

Le groupe de Folk/Rock de Brooklyn est fascinant en partie grâce au charisme de sa leader Adrianne LenkerEn plus d’assurer l’une des deux parties guitare, la songwriter, crâne rasé et look qui rappelle Sinead O’Connor, chante comme si sa vie en dépendait avec ses tripes des chansons à vous briser le coeur. L’hymne Indie Rock « Masterpiece », qui porte décidément très bien son nom, conquiert l’assistance. La soirée « girl power » se poursuit avec une jeune chanteuse australienne, que l’on avait justement aperçu en fidèle supportrice de Big Thief, sur le coté de la scène. Il s’agit de Courtney Barnett aka la Feel-Good Indie Rockeuse de la journée ! Toujours le sourire aux lèvres, heureuse de jouer et visiblement ravie de participer au TINALS (son pote Kurt Vile a joué la veille, son idole Stephen Malkmus se produira plus tard..). Accompagnée de sa fidèle section rythmique (Bones Sloane à la basse et Dave Mudie à la batterie), la charismatique chanteuse/compositrice de Melbourne distille son redoutable Indie Rock à la perfection. A la sortie de son deuxième album, l’Australienne semblait nous demander Tell Me How You Really Feel, ce soir, on pourrait lui répondre « merveilleusement bien », la GRANDE classe, tout simplement.

La bonne humeur communicative de Courtney Barnett

Après un bref passage au Paloma (la salle est pleine à craquer) pour y admirer la géniale Lizzo, on fonce au club pour le rappeur Punk JPEG Mafia. Seul sur scène au coté de son laptop, le emcee rappe et hurle sur des beats minimalistes tout en donnant à 1000% et retournant littéralement la salle sur une performance qui ressemblerait presque à un cours de crossfit (en tout cas pour lui). Bluffant ! Détendu, le vétéran Stephen Malkmus n’a plus rien à prouver. Pourtant, depuis la dissolution de son groupe (le cultissime combo Pavement, pour les deux du fond qui n’ont pas suivi), il continue depuis de sortir quelques pépites accompagné (avec The Jicks) ou en solo. Il ensorcèle avec son groupe un public en totale admiration, on sent clairement que le bonhomme prend toujours beaucoup de plaisir sur scène, près de trente après le début de sa carrière, et n’hésite pas à la faire savoir. Pas le concert de l’année, mais diablement efficace et classieux tout de même. Le Blues antillais de Delgres, qui commence à sérieusement faire parler de lui un peu partout en France, clôture à merveille le dernier concert de la scène Flamingo. On se rend une dernière fois au club pour une nouvelle surprise, celle de haute volée des Belges d’It It Anita. Parfaitement maitrisé, leur set à la fois brutal et mélodique navigue entre Post-Punk et Noise Rock. Le quatuor finit son set, comme à son habitude, au milieu de la foule. La grande classe, une seconde journée qui se termine à merveille !

La troisième et dernière journée commence à peine qu’on sent déjà la fatigue et le mal de dos s’installer (la vieillesse est un naufrage !), par chance, ce sera la journée la moins « intense » du festival. On débute avec le rafraîchissant trio nippon Shonen Knife, qui, à défaut de proposer un set particulièrement original, partage sa bonne humeur sur des titres Power-Pop/Punk plutôt bien foutus. La suite se fera devant une scène Flamingo pleine à craquer. Normal, Fontaines D.C. faisait déjà le buzz alors qu’il n’avait sorti qu’une poignée de singles, bien avant de sortir son premier album (l’excellent Dogrel sorti au printemps chez Partisan). Le gang de Dublin entre en scène et force est de constater qu’il y a là bien plus de pose que de talent. Oui, leur salves Post Punk fonctionnent très bien sur disque, mais sur scène, ça sent un peu l’arnaque, leur gros son, l’énergie déployée par le groupe et la présence d’une bonne poignée de tubes (le fameux « Boys in the Better Land ») ne suffisent pas à cacher la tête à claque de son leader, qui en fait des caisses dès le premier morceau… Il n’y a pas d’entre deux, soit on adore, soit on déteste! Côté Flamingo, les Dirty Projectors se chargent de faire retomber la tension. Dave Longstreth et sa bande, qui reste clairement l’une des influences de Vampire Weekend, livre un set classieux, le genre de Pop sous estimé que l’on a pas l’habitude d’écouter tous les jours à la radio.

Shame, petit groupe de Post-Punk déjà bien grand !

Pas convaincu par les célèbres Montpelliérains de Rhinôcérôse, on se rabat du côté du club Paloma pour Warm Drag. Malheureusement, c’est une nouvelle déception qui nous attend. Vashti Windish et Paul Quattrone (qu’on préfère largement chez les Oh Sees ou !!!) ne parviendront à aucun moment à nous captiver. Pas non plus emballé par les Parisiens de Rendez-Vous, on fait face à un nouveau dilemme : Shame ou Low ? Le choix est difficile, bien que leur style n’ait absolument rien à voir. On commence donc au côté des gars de Brixton. Dès leur entrée sur scène, le constat est indiscutable, Shame a élevé son niveau depuis son premier album en début d’année dernière (le redoutable Songs of Praise chez Dead Oceans) et semble déjà à l’aise sur cette grande scène. Dans le genre « phénomène Punk Anglais », tout comme Idles, Shame promet pour l’avenir ! Du côté de la scène Paloma, Low n’a plus rien à prouver depuis longtemps, la preuve en est avec Double Negative (2018, Sub Pop) -un dernier album particulièrement expérimental comparé à son prédécesseur (Ones and Sixes, sorti en 2015)- mais fascinant de bout en bout. Sur scène, le trio se produit devant de superbes néons et livre une performance à couper le souffle, précise et sublime. Assurément l’un des points d’orgue de cette édition 2019.

Alan Sparhawk et les fascinants Low.

Pendant que Fontaines D.C. offre un second set plus intimiste (dans le patio devant une petite centaine de personnes) et étonnamment moins branleur, on se presse devant la scène Mosquito pour y admirer les géniaux Prettiest Eyes. Le trio porto-ricain clavier/basse/batterie fout une putain d’ambiance et fait danser une bonne partie du public. Qui a dit qu’on avait forcément besoin d’une guitare pour faire du Rock ‘n’ Roll ? Décidément, cette dernière soirée n’est pas avare en bonne(s) surprise(s), et Johnny Mafia en atteste. Les membres du gang de l’Yonne ont certes des gueules de petits gars à qui on donnerait le bon dieu sans confession, mais leur set prouve qu’ils n’ont pas volé leur place à l’affiche du festival. Deux ans après un premier passage au TINALS, le quatuor -qui vient tout juste de sortir Princes de l’Amour produit par le légendaire Jim Diamond– fout un beau bordel et enchaîne les tubes Garage/Punk. Une belle claque ! La dernière bonne surprise (oui, encore une) se passera, une fois de plus, du côté du club avec l’ancien Youtubeur Scarlxrd. Son Rap/Punk fait beaucoup penser à celui de Death Grips et semble rallier une audience composée d’amateurs des deux styles.

 

Après avoir dépensé (comme dirait Manu) « un pognon de dingue » l’an dernier pour s’offrir Phoenix et Beck et ainsi espéré concurrencer les autres festivals hexagonaux, le TINALS choisit cette année de se recentrer sur son indépendance et offre, sans conteste, son meilleur et plus populaire crû. A peine fini, on est déjà prêt à repartir les yeux fermés pour une édition 2020 !

Festival This Is Not A Love Song
(jeudi 30, vendredi 31 mai et samedi 1er juin 2019) à Nîmes.

Une co-production Paloma/Come on People
Photos de Damien Bour © Riot House Production
excepté la photo de couverture + Steve Albini (Shellac) par Boby Allin ©

Les Belges de It It Anita écrasent tout sur leur passage.

Ron Gallo & son redoutable power-trio.

Stephen Malkmus, l’homme le plus cool au monde, ni plus, ni moins.

JPEG Mafia, aussi barge que génial !

Johnny Mafia, le Garage/Punk à la française.

Le trio porto-ricain Prettiest Eyes met le feu au Tinals !


Comptes-rendus des éditions précédentes :

2018 (Mattiel, Rolling Blackouts C.F, Beck ou Phoenix)

bobby allin 2018 tinals this is not a love song festival les lullies soul concert live report chronique critique rock n roll pop soul punk garage nîmes smac paloma

2017 (Moderat, The Make-Up, Teenage Fanclub ou Flying Lotus)

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Stéphane Pinguet

Disquaire indépendant aigri mais passionné, amateur de musique, cinéma, littérature et bandes dessinées en tous genres.

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